Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mission parlementaire sur la bioéthique : le rapport de la honte

Publié le

L'association Juristes pour l'enfance publie ce communiqué  sur le Rapport d'information de M. Jean-Louis Touraine fait au nom de la mission d'information sur la révision de la loi relative à la bioéthique, n° 1572, 15 janvier 2019 : 

Le droit à l’enfant ? Si certains en ont rêvé, Jean-Louis Touraine tente de l’imposer.  

Aude Mirkovic est la porte-parole des Juristes pour l'enfance

Tout en se défendant de consacrer quelque droit à l’enfant que ce soit, le rapport de la mission parlementaire sur la bioéthique préconise en effet une série de mesures visant à réaliser les désirs d’enfant, avec père, sans père, avec deuxième mère, avec les gamètes d’un couple, les gamètes de donneurs, dans une branche, dans les deux branches, ou celles d’un mort… même s’il faut pour cela sacrifier les droits des enfants en question, enfants sommés de correspondre aux projets qu’il sont censés réaliser.

Le rapport relève pourtant la privation délibérée, ab initio, de filiation paternelle, pour réaliser le désir d’autrui, mais passe outre les mises en garde des pédopsychiatre auditionnés pour miser sur la capacité de résilience et d’adaptation des enfants, cette privation de père étant le moyen pour des femmes de guérir leur souffrance. Une nouvelle forme de bébés médicaments en somme.

Le rapport ignore superbement la première étude de grande ampleur, pourtant citée par le comité d’éthique, menée par le professeur Regnerus en 2012 au Texas sur plus de 3000 jeunes issus de différentes configuration familiales, qui révèle au contraire des difficultés accrues sur de nombreux points pour les jeunes n’ayant pas grandi avec leur père et leur mère.

En tout état de cause, l’association Juristes pour l’enfance interroge : si les enfants peuvent surmonter l’absence de père (si c’est le cas, tant mieux !), en quoi cela justifie-t-il que la loi institutionnalise cette privation ? S’il était prouvé que les bébés nés sans bras parviennent à surmonter cette difficulté, en quoi cela justifierait-il de priver certains enfants de bras pour réaliser le désir d’autrui ?

Le comble du cynisme est atteint lorsque le rapport feint d’habiller les violations des droits de l’enfant et la marchandisation du corps qu’il propose par des considérations pseudo juridiques : alors que le Conseil d’État a clairement expliqué que le principe d’égalité n’était pas en cause, le rapport persiste néanmoins à vouloir mettre fin à une prétendue discrimination sur l’orientation sexuelle pour justifier la violation des droits de l’enfant, bien réelle celle-là, qu’il préconise.

L’association Juristes pour l’enfance dénonce :

    -       L’irresponsabilité d’un rapport qui invite à priver les enfants de leur père pour satisfaire le désir d’autrui : réduire la filiation au projet parental fait des enfants les otages des désirs des adultes et les prive de leur droit à leur filiation propre, comme ce fut le cas au 19ème siècle pour les enfants naturels.
    -       Le caractère très partisan du rapport qui caricature les défenseurs des droits de l’enfant accusés de « rechercher le confort de l’immobilisme et de la frilosité́ à tout crin », le statu quo législatif en la matière étant présenté comme une position « extrême » (p. 24).
    -       L’affirmation péremptoire et mensongère selon laquelle le projet parental « semble avoir pris définitivement le pas sur le critère d’infertilité pathologique qui, actuellement, verrouille le champ d’intervention de l’AMP » (p. 40), alors que les citoyens se sont au contraire exprimés massivement en sens contraire dans le cadre de la consultation citoyenne des états généraux de la bioéthique (89,7% de contributions opposées à toute extension de la PMA).
    -       L’inconséquence d’un rapport qui, tout en affirmant que les différentes configurations préconisées ne portent pas préjudice à l’enfant, ajoute que, « dans l’intérêt même de l’enfant, une consultation médicale préalable spécialisée est nécessaire, suivie d’un accompagnement », et propose « d’intégrer un pédopsychiatre au suivi post-AMP » (p. 45). Pourquoi est-il donc nécessaire de prévoir l’accompagnement d’un pédopsychiatre, si la situation imposée à l’enfant est sans risque pour lui ? 

Le rapport fait finalement fi des droits de l’enfant, considérant que « si le droit à l’enfant n’existe pas, la notion d’intérêt de l’enfant ne saurait être suffisamment déterminante pour faire obstacle à une extension de l’AMP » (p. 74).

Juristes pour l’enfance rappelle que, contrairement à ce qui est ainsi prétendu, l’intérêt de l’enfant n’a rien d’une notion vague et vide de contenu : la Convention internationale des droits de l’enfant fait de l’intérêt de l’enfant une considération primordiale et développe cet objectif en définissant une série de droits pour les enfants, l’intérêt de l’enfant se définissant, au minimum, dans le respect de ses droits.

Or, institutionnaliser la privation du père ne peut pas respecter le droit de chaque enfant, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux, proclamé par l’article 7 de ce texte. Le respect de ce droit a conduit le législateur français à supprimer la fin de non recevoir qui fermait à l’enfant l’action en recherche de maternité envers une femme ayant accouché sous X. Comment le législateur peut-il sérieusement envisager d’instaurer une fin de non recevoir, à l’action en recherche de paternité cette fois, sous prétexte qu’une femme ne souhaite pas de père pour son enfant ?

On s’étonne dans ces conditions que le rapport ne soit pas logique avec lui-même et ne conseille pas aussi l’abrogation des actions en recherche de paternité et de maternité : comment persister à imposer une paternité à un homme sous prétexte qu’il a engendré l’enfant, alors que le projet parental est ainsi privilégié sur la réalité de l’engendrement et qu’un autre homme peut se désengager de toute paternité en se déclarant donneur ?

Et comment ne pas voir que cette filiation fondée sur la volonté individuelle des adultes et imposée à l’enfant au mépris de la réalité fera de nombreux laissés pour compte, ceux qui ne feront pas, ou plus, l’objet d’un projet parental, comme c’est d’ailleurs déjà le cas de nombreux embryons ?  

Dans un État de droit digne de ce nom, la réalisation des désirs des uns trouve sa limite dans le respect des droits d’autrui, y compris les enfants.

Juristes pour l’enfance rappelle que les droits de l’enfant en sont pas seulement bons à proclamer mais aussi à respecter, et attend du législateur, qui n’est en rien tenu de suivre quelque rapport que ce soit, qu’il se montre à la hauteur de sa tâche pour faire respecter les droits de tous.

Partager cet article
Repost0

Appel pour un nouveau catholicisme social

Publié le

Le site de notre confrère La Vie publie une tribune : un Appel pour un nouveau catholicisme social, signé par des personnalités de sensibilités variées.

Il est comme un écho à l'éditorial de Denis Sureau paru dans le dernier numéro de Chrétiens dans la Cité dont voici la conclusion:"Comme au XIXe siècle les catholiques sociaux ont apporté des réponses à la « question sociale » à la lumière de l’Évangile, les chrétiens ne peuvent être indifférents à ce qui se joue aujourd'hui. Aller aux périphéries, ce n'est pas seulement secourir les misères, c'est aussi dénoncer leurs causes, c'est montrer que l'État séculier est nu, c'est puiser dans le trésor de la doctrine sociale de l’Église les orientations pour rebâtir la cité."

 

Partager cet article
Repost0

Aller vers la France périphérique - N°368

Publié le

Au sommaire du numéro 368 de la lettre d'information Chrétiens dans la Cité :

EDITO : Aller aux périphéries - le rôle des chrétiens face à la crise

INFOs : Mgr aupetit contre la PMA - Un rapport pour soutenir les chrétiens d'Orient - Un grand projet intergénérationnel à Laval - Nouveau souffle pour les Petits Chanteurs à la Croix de bois - Entourage se développe - La Croix s'érode - A l'assaut du CESE - JMJ au Panama - Pélerins parkinsoniens

LES HOMMES : Mgr Michel Aupetit - Mgr Susitino Sionepoe - Bruno Frappat - Samuel Lieven - Alexandre Meyer

LECTURE : LA PMA, un enjeu de société, par Aude Mirkovic

INITIATIVES : le CNEF

Abonnez-vous !

Partager cet article
Repost0

Gilets jaunes : initiatives catholiques

Publié le

Les catholiques commencent à témoigner en faveur des Gilets jaunes. Voici deux initiatives distinctes :

  • La création des Gilets jaunes catholiques.
  •  "L'appel à la justice et la paix" signé par une dizaine de personnalités et responsables catholiques :

 

En ce jour de l’Epiphanie, nous, des membres de l’Eglise Catholique, tournons nos cœurs vers les millions de Français qui s’apprêtent à vivre l’année qui s’ouvre dans la souffrance et le bafouement de leurs droits.

Depuis plusieurs mois maintenant, nombre d’entre eux, ayant décidé que l’injustice appelle un combat, se sont revêtus de gilets jaunes et mènent des actions de lutte pour leurs droits, qui sont dans l’immense majorité pacifiques. Les Français soutiennent largement les aspirations profondes et justes de ce mouvement, quelles que soient leurs convictions politiques ou religieuses.

Cet élan prophétique nous rappelle à tous que tant d’incohérences présentes dans notre pays ne sont pas acceptables et ne peuvent plus durer. Les multinationales paient des taux d’impôts plus faibles que les petits commerçants. Dans les administrations publiques, les abus graves de privilèges fleurissent alors que l’Etat est trop endetté pour pouvoir assurer pleinement les retraites de la prochaine génération. Nombre des grandes fortunes de notre pays, rejetant la responsabilité de soutien à la patrie qui est la leur, s’exilent à l’étranger tout en bénéficiant des bienfaits que confère le passeport français. Devant de tels abus et tant d’autres, il est plus qu’inadmissible de vouloir aggraver le poids de la fiscalité sur les pauvres et les classes moyennes par des taxes nouvelles.

En plus de cela, en écoutant les paroles de souffrance de tant de Gilets jaunes, nous avons perçu une profonde détresse humaine et spirituelle. Le consumérisme qui asphyxie notre pays dissout peu à peu les bases qui fondent notre humanité : nos traditions et notre culture, les liens sociaux, nos valeurs, nos familles, et même notre foi. Les Français se sentent attaqués dans ce qui porte leur existence quotidienne, mais aussi au plus profond de leurs âmes. Le « non ! » magistral des Gilets jaunes est un appel à la justice, en profonde résonance avec la Parole de Dieu.

Nous appelons le gouvernement à écouter profondément ce cri du peuple. Le sens profond de l’autorité est le service du prochain, et en particulier celui des plus faibles. C’est de cela qu’il tient sa légitimité. Nous appelons tous les Français et en particulier les élites intellectuelles, économiques et administratives à se joindre à ce combat pour la justice et à unir leurs forces et leurs talents en soutien. Les désirs et inquiétudes profondes des Gilets jaunes sont aussi les leurs.

Nous appelons plus particulièrement le peuple chrétien à concourir à ces efforts par le jeûne, la prière et l’action. Seule la lumière de l’Evangile du Christ éclairera ce vaste mouvement sur le chemin d’une action radicale et pacifique. L’histoire nous enseigne tant par le syndicat Solidarność en Pologne que par la lutte de Gandhi en Inde, que c’est mené ainsi que ce combat mènera à la victoire de la justice et de la paix. La France est un pays où l’homme doit s’épanouir dans toutes ses dimensions, libéré des exigences inhumaines de la logique du profit et de l’égoïsme.

Que Marie, la mère du Christ, comme elle l’a fait tant de fois par le passé, donne aux Français les armes spirituelles dont ils ont besoin pour faire advenir le royaume de Dieu.

Dans la paix de Jésus-Christ,

Mgr Marc Aillet, évêque

Grégoire Corneloup, prêtre

Michel Gitton, prêtre et fondateur de la communauté Aïn Karem

Cédric Chanot, diacre

Guillaume d’Aboville, directeur général d’Enfants du Mékong

Raphaël Cornu-Thénard, fondateur d’Anuncio

Cyrgue Dessauce, membre de la communauté Aïn Karem

Samuel Pruvot, journaliste et membre de la communauté Aïn Karem

Axel Rokvam, fondateur des Veilleurs

Joseph Thouvenel, vice-président de la CFTC

Patrice Valantin, président d’Œtopia

Partager cet article
Repost0

Nos voeux 2019

Publié le

"Que le Seigneur te bénisse et te garde !

Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce !

Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !"

(Nb 6,24, première lecture du 1er janvier)

 

Partager cet article
Repost0

Les droits de l'homme dénaturé

Publié le

Directeur du Centre européen pour le droit et la justice (Strasbourg), expert auprès d’organisations internationales et de la diplomatie du Saint-Siège, Grégor Puppinck publie le livre de référence sur les droits de l’homme. La Déclaration des droits de l’homme publiée en 1948 fut l’expression d’une certaine conception de la nature humaine, marquée notamment par le personnalisme chrétien d’un Jacques Maritain. Elle est un effort pour fonder un ordre moral supranational dépassant le positivisme (le législateur détermine le juste) qui, après plusieurs siècles de développement avait conduit jusqu’aux horreurs du nazisme.

Grégor Puppinck, Les droits de l'homme dénaturé, Cerf, 2018
Cerf, 304 p., 22 €

Mais cette tentative était fragile par son fondement même : la dignité humaine. Notion ambiguë qui, privée de toute référence transcendante et travaillée par l’individualisme, allait tendre à n’être plus que le produit de la seule volonté : les désirs privés deviennent des droits sociétaux. Le changement de la conception de l’homme a conduit progressivement à une dénaturation des droits. La CEDH (Cour européenne des droits de l’homme) protège aujourd’hui des droits antinaturels jadis interdits (avortement, homosexualité, euthanasie…). 


Il faut lire cet essai magistral, pour agir en connaissance de cause contre ce processus terrifiant qui conduit au transhumanisme.

On pourra aussi réécouter l'émission Répliques d'Alain Finkielkraut dans laquelle Grégor Puppinck dialogue avec le philosophe Frédéric Worms.
 

Partager cet article
Repost0

Des évêques et des gilets - # 367

Publié le

Au sommaire du 367e numéro de la lettre Chrétiens dans la Cité :

ANALYSE : Les évêques de France face aux Gilets jaunes - Les déclarations de Mgr Michel Aupetit, Mgr Gilbert Aubry, Mgr Bernard Ginoux et Mgr Georges Pontier - L'appel du Conseil permanent de la CEF pour des échanges.

INFORMATIONS : Nominations de Mgr Alexandre Joly et Mgr Bruno Valentin - Christian Blanc à la CNEF - Richard Bastien - L'Université 2019 d'Alliance Vita - Les risques de la révision de la loi de 1905 - Quête connectée - Internet épiscopal - Sauver l'église de l'Abbaye de Sénanque

LECTURE : Grégor Puppinck, Les droits de l'homme dénaturé

INITIATIVES : Guide des bars catholiques

Abonnez-vous en suivant ce lien.

 

Partager cet article
Repost0

Rendre les salariés heureux : dédicace le 20 décembre

Publié le

 

Partager cet article
Repost0

La nouvelle question sociale

Publié le

Longtemps méprisé par l'appareil idéologique d’État (Université, institutions culturelles, grands médias...), le géographe Christophe Guilluy sort de l'ombre. Cela fait pourtant près de vingt ans qu'il scrute ans les fractures sociales  opposant la « France périphérique » – celle des Gilets jaunes – à la « France d'en haut ».

Le « monde d'en haut », dont Emmanuel Macron est comme l'expression chimiquement pure, est celui des milieux de pouvoir, des bourgeois urbains privilégiés défenseurs d'une « société ouverte et multiculturelle », défenseurs d'une mondialisation libérale qui, après avoir ruiné paysans et ouvriers, campagnes et zones industrielles, atteint depuis les années 1980 la classe moyenne, dans les zones périurbaines dont les petits commerces disparaissent, tués par la grande distribution. On assiste, selon Christophe Guilluy, à une mise à l'écart de la majorité de la population (environ 60%), celle qui vit loin des grandes métropoles, et qui ne profite pas de la création de richesses. Cette France « périphérique », qui se lève tôt et doit prendre sa vieille auto diesel pour aller travailler loin, endettée, paupérisée, ne bénéficie plus de l'ascension sociale (l'accès à l'enseignement supérieur devenant trop coûteux), à la différence de la classe moyenne des sixties. Elle n'est plus représentée par les grands partis ou les syndicats, ne vote plus ou vote « populiste ». Elle refuse l'insécurité sociale, demande du travail (et non un revenu universel), et des protections.

Il faut aller au peuple, affirme Christophe Guilly, regarder ses besoins réels, au-delà des débats idéologiques stériles. Etablir le diagnostic des « gens d'en bas ». Constater, par exemple, qu'existe un consensus sur la régulation des flux migratoires, que les « gens d'en haut » assimilent à un racisme méprisable. Dans un intéressant entretien publié dans la revue Etudes (décembre 2018), le géographe déclare : « Quand j'ai commencé mon métier de géographe, j'étais très proche des communistes, je vivais dans un confort intellectuel et moral parfait; mais, par exemple, je n'abordais jamais la question culturelle et identitaire du rapport à l'autre que je trouvais trop sensible. Sauf que, quand on travaille dans les milieux populaires, la question de l'immigration et du rapport à l'étranger se pose immédiatement. Vous ne pouvez donc pas faire l'impasse sur cette question. Mais, contrairement à ce que l'on pense, elle ne se résume pas à l'affrontement binaire entre un supposé ''camp du bien'' et un supposé ''camp du mal''. Je dis toujours : ''Raciste le matin, fraternel l'après-midi.'' Nous tous, d'en haut, d'en bas, de gauche, de droite, de n'importe quelle ethnie, cultivons en nous ces ambiguïtés: d'un côté, l'accueil; de l'autre, la volonté de préserver ce que nous sommes, notre capital culturel. Il faut au moins être d'accord avec ces présupposés; après, on peut discuter. » L'inclassable mouvement des Gilets jaunes devrait susciter une transformation des schémas de pensée. Comment les chrétiens pourraient-ils être étrangers à cette démarche ?  

Denis Sureau

Partager cet article
Repost0