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En ce temps de crise « Laudato Si », une chance pour la mise en œuvre d’un nouvel équilibre

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Une chronique du Père Bernard Devert, président-fondateur d'Habitat & Humanisme :

La pandémie, encore loin d’être derrière nous, met les Etats dans une situation de convalescence.

Les institutions financières au chevet du malade apportent des remèdes à la hauteur, semble-t-il, de la crise traversée, sans pouvoir pleinement éradiquer les dommages collatéraux annoncés.

Les « amortisseurs sociaux » mis à rude épreuve sont à bout de souffle.

L’avenir, insécurisé, comporte sa part d’opacité et d’angoisse pour les populations les plus fragilisées, inquiètes de perdre leur emploi. Le risque est réel malgré les mesures projetées. 

La sortie de crise passe par des équilibres nouveaux ; ils nécessitent une réflexion anthropologique qui s’avère possible à un moment où bien des certitudes sont tombées, laissant place enfin aux convictions. 

A occulter le sens de la vie, la finitude se distille et finit par s’imposer, neutralisant avenir et équité. Un vide abyssal qui fait le lit de l’orgueil, tombeau ouvert de ce ‘moi’ préfabriqué, oubliant l’autre. 

L’urgence est la recherche d’un nouvel équilibre si nous voulons que tous s’en sortent, pour éviter la déchirure sociale. L’heure est de mettre en œuvre le vivre-ensemble, non pas l’affichage d’un idéal lointain, mais une impérieuse nécessité pour aujourd’hui. La mission d’Habitat et Humanisme, engagée il y a plus de 35 ans, n’a pas perdu de son acuité. 

L’équilibre est toujours une attitude du ‘prendre soin’ ; les soignants nous ont montré leur engagement sans lequel le virus aurait fait davantage de victimes encore. 

La réflexion partagée, née d’un discernement pendant le temps du confinement, est porteuse d’une espérance que nous ne devons pas décevoir ; elle est créatrice d’un renouveau attendu.

Ces 55 jours de confinement furent ceux de l’humilité, réformant l’arrogance et la prétention qui plient toute marche vers un humanisme éclairé, garant de relations justes.

L’encyclique ‘Laudato Si’, publiée il y a 5 ans, le 24 mai, a éclairé l’horizon de bien des hommes de bonne volonté. N’y aurait-il pas urgence de l’accueillir; elle est un phare pour construire la maison commune.

Pour que tous l’habitent, des bâtisseurs doivent se lever. Quel en est le prix ? la maîtrise de l’avoir et du pouvoir pour privilégier le bien commun. Aurons-nous l’audace de faire l’effort nécessaire pour que, dans ce tsunami social, le premier bien de l’entreprise, l’homme, soit protégé.

Les intérêts à court terme, comme toujours, mettent en échec l’humanisme bien compris.

Il nous souvient du mythe de Babel, l’élévation vers le ciel n’avait d’autre perspective que de le posséder. Une voix s’éleva pour dire : « et les autres » ? Tout est dit. Leur oubli est facteur d’un déséquilibre mortifère. 

Pour bâtir la maison commune que disparaissent oukases et outrances, comme ces facilités sans fertilité que sont ces crispations affectant la marche vers un nouvel équilibre.

Spectateurs ou acteurs d’une Société nouvelle, nous sommes à la croisée d’un chemin.

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Le numéro 389 est paru

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Chrétiens dans la Cité  # 389 vient de paraître.

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Au sommaire

ANALYSE : Les catholiques sociaux lancent un appel pour aller vers les plus pauvres

ACTU : Colère épiscopale suite - Diocèses et sanctuaires dans le rouge - Lectures numériques - Une nouvelle émission catholique: En quête d'esprit - La CEDH sous influence - Chesterton et le distributisme - Des oeuvres non catholiques

LES HOMMES : Thierry Magnin - François et Anne-Laure Peaucelle - Jean-Bernard Marie Bories

LECTURE : Comment les catholiques ont bâti une civilisation, par William J. Slattery

INITIATIVES : Fidesco

 

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Les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens appellent au sursaut

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Les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens et le mouvement Ethic lancent cet appel :

ALERTE ! ENTREPRENEURS ET SALARIES : ENSEMBLE SOYONS CONSCIENTS DE L’ENJEU

En ce jour national de Fête du Travail, un 1er mai inédit mais empli d’énergie et de volonté, nous, représentants des organisations patronales et fédérations libres, souhaitons alerter et faire entendre davantage la voix des entreprises !

Tout d’abord, nous nous sentons un devoir d’alerte sur la menace d’une crise économique majeure à l’horizon. Nous devons permettre aux entreprises, empêchées de fonctionner depuis 6  semaines, de retourner travailler vite et dans les meilleures conditions de sécurité : c’est une priorité d’intérêt général.

Nous, chefs d‘entreprise de tous horizons, mouvements patronaux et fédérations, travaillons sans relâche et depuis le début de cette crise pour garantir la sécurité de nos salariés, clients et fournisseurs. Nous nous sommes équipés, avons élaboré des chartes, des guides, avons fait preuve de la plus grande créativité pour équiper les Français en masques, gels hydroalcooliques, tests etc.

Nous croyons que le sursaut économique repose sur la fédération des énergies et des initiatives entrepreneuriales… Nos salariés sont aussi des intra-preneurs.

Nous demandons à l’État de nous FAIRE CONFIANCE, en accord avec le principe de responsabilité individuelle, et partagée.

Il n’y aura pas d’avenir immédiat sans cultiver notre éthique, sans s’appuyer sur des relations humaines nouvelles et des comportements engagés, sans intégrer une dynamique écologique et responsable, quels que soient le secteur et la taille de l’entreprise.

Le soutien financier incontestable du gouvernement est une réponse efficace mais hélas pas suffisante.

Nous sommes convaincus que ces temps redoutables sont une occasion historique de repenser les fondements de la société avec des entreprises responsables, pour sortir par le haut de cette crise.

Laissez-nous remonter la pente, faites-nous confiance, responsabilisez et soutenez les acteurs économiques.

Nous voulons croire que la France et l’Europe sont fortes d’un génie, d’une vitalité et d’un patrimoine exceptionnels à condition qu’on les laisse s’exprimer.

Merci aux salariés et aux entreprises qui assurent, non sans risques, l’intendance du pays et continueront d’arrache-pied.

Les signataires : A l’initiative de Sophie de MENTHON (Mouvement ETHIC), et  Thibault BECHETOILLE  (CROISSANCE PLUS), Maxime AIACH (FESP), Dominique ANRACT (Confédération Nationale de la Boulangerie Pâtisserie Française), Franck BOEHLY (Conseil National du Cuir), Patricia CHAPELOTTE (Femmes d’Influence), Didier CHENET (GNI-SYNHORCAT), Thierry DRILHON (Franco-British Chamber), Patrick DUBREIL (SP2C), Patrice GRAS (UNHJ), Patrick ROUX (FNEP), Michel TAUBE (Citizens Media SAS), Jean-Pierre OSENAT (SYMEV, Syndicats des commissaires-priseurs), Philippe ROYER (Les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens), Claude SOLARZ (Vice-Président hôpitaux Hadassah France)

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Colère de l'Eglise confinée

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La suspension de la liberté de culte jusqu’au 2 juin suscite une colère inhabituelle des évêques de France. Mais auront-ils le courage d'affirmer la libertas Ecclesiae contre l'Etat antichrétien ?

Lors de plusieurs rencontres, les évêques avaient clairement fait savoir au Gouvernement qu’ils souhaitaient une reprise de la célébration publique des messes à compter de la date annoncée de début du déconfinement (semaine du 11 mai) et proposé les mesures sanitaires qu’ils pourraient mettre en place. Emmanuel Macron avait évoqué la mi-juin, pour finalement choisir la date  du 2 juin (au mieux), après la Pentecôte. Édouard Philippe le 28 avril a annoncé : « Je sais l’impatience des communautés religieuses, mais je crois légitime de demander de ne pas organiser de cérémonies avant cette barrière du 2 juin », en rappelant que les lieux de culte pourront « continuer à rester ouverts » Cette décision a provoqué une réaction assez molle du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France qui « prend acte avec regret de cette date qui est imposée aux catholiques et à toutes les religions de notre pays… nous voyons mal que la pratique ordinaire de la messe favorise la propagation du virus et gène le respect des gestes barrières plus que bien des activités qui reprendront bientôt. » Tout en ajoutant : « Les catholiques ont respecté et respecteront les consignes du Gouvernement. » Mais cette position légaliste ne sera peut-être pas suivie par tous…

En effet, on observe chez certains évêques de colère d’une intensité inaccoutumée.

« On est franchement extrêmement déçu, a déclaré Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris. Là, il y a quelque chose qui ne va pas. Il y a quelque chose qui n’est pas respecté, comme si on était des gamins incapables de mettre en place quelque chose ».

Mgr Matthieu Rougé (Nanterre), ancien « aumônier » des parlementaires (et bon connaisseur des milieux politiques), a déclaré : « Les trois lignes sèches et lapidaires du Premier ministre à propos des cultes sont inacceptables. Il y a un défaut du respect des croyants et de la liberté religieuse qui est incompréhensible… Il y a un tropisme anticatholique qui a pris le dessus chez le Président de la République ».

Même ton chez  Mgr Dominique Lebrun (Rouen) : « Je partage l’incompréhension de beaucoup devant la relégation de la liberté de culte à la dernière roue du carrosse de la nation française. »

Pour Mgr Éric Aumonier (Versailles) « le renvoi de toute possibilité de célébration au-delà du 2 juin exclut de fait la liberté de culte du principe de déconfinement progressif mis en avant par le gouvernement. La confiance ne semble pas être accordée aux fidèles et aux prêtres pour faire preuve de la prudence et de la responsabilité qu’ils ont pourtant manifestées jusqu’à présent… Je ne peux que souhaiter que ces décisions gouvernementales restent ouvertes à un vrai dialogue. Je me donne quelques jours pour réfléchir aux mesures à prendre dans les Yvelines et faire face, avec vigueur et créativité, au nouveau contexte ainsi créé. »

Plusieurs ripostes sont évoquées. Mgr Robert Le Gall, évêque de Toulouse, évoque des messes clandestines : « Ma crainte pour l’avenir est simple. Devant le caractère inacceptable de cette attente sacramentelle qui n’en finit pas pour les fidèles, des célébrations clandestines vont se mettre en place ! Le résultat sera pire finalement. Les pouvoirs publics vont essayer de les interdire, mais on passera outre en certains lieux. Il aurait mieux valu autoriser le culte public progressivement et calmement, en nombre limité, comme nous l’avions proposé au gouvernement. Nous n’avons pas été entendus. Cette interdiction prolongée du culte va entamer gravement notre confiance en ceux qui nous dirigent. »

Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, évoque un cas de conscience et menace : « Évêques, nous ne pouvons admettre que le Gouvernement nie notre spécificité et la nécessité de la vie spirituelle de nos fidèles. Aucun Gouvernement français ne l’a fait. Je proteste… La liberté de culte n’existe plus sous le prétexte d’un danger d’épidémie. C’est une grave atteinte aux droits humains et elle en annonce d’autres… On ne peut pas priver nos fidèles de la nourriture essentielle qu’est la grâce sacramentelle. Donc nous les nourrirons. »

L’évêque de Bayonne, Mgr Marc Aillet, interprète la décision « aussi abrupte et sans nuances » du Gouvernement comme « un manque de respect envers les croyants. On peut en effet s’interroger sur le bien-fondé d’une telle décision qui ne semble pas cohérente avec la reprise annoncée de l’école, des entreprises, des transports en commun, des commerces, de la vie sociale en bien de ses aspects, comme la vie culturelle (médiathèques, bibliothèques, petits musées)…. Cela pourrait même constituer une atteinte à la liberté socio-civique des cultes, partie essentielle du droit fondamental à la liberté religieuse, garantie par la Constitution française. Nous avons bien conscience que l’exercice de ce droit est encadré dans les justes limites de l’ordre public, et c’est pourquoi les évêques ont adhéré aux restrictions imposées par le confinement. Mais ces limites ne se justifient plus dans les mêmes conditions, dès lors que des secteurs entiers de la vie sociale vont progressivement reprendre leurs droits. On peut donc légitimement espérer la révision d’une telle décision ».

Mgr Guy de Kérimel (Grenoble) propose que « des prêtres puissent avoir la possibilité de célébrer la messe à domicile… Normalement, il n’y a jamais de messe privée, mais chez des personnes en souffrance, cela devrait être possible, en prenant évidemment toutes les précautions nécessaires. »

On notera la suggestion du Père Jean-Baptiste Nadler, prêtre dans le diocèse de Vannes, ajoute : « Ne pourrait-on pas envisager la distribution de la sainte communion en dehors de la célébration de la messe ? »

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Ces ‘jours de l’après’ se rapprochent (P. Bernard Devert)

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Une chronique du Père Bernard Devert, président-fondateur d'Habitat & Humanisme :


L’annonce du dé-confinement nous met à l’aune de ces jours de ‘l’après-crise’ qu’il convient de préparer. 

Le tsunami sanitaire a provoqué un choc, tant il était inattendu. Que de mesures impensables, ou considérées hier comme irréalistes, se sont mises en œuvre dans l’urgence, suscitant un réel enthousiasme eu égard à la créativité et la réactivité de la Nation. En concertation avec l’Europe, une solidarité se construit.

Les dispositions retenues se révèlent à la hauteur du défi à relever.

Ces ‘jours d’après’ ne doivent pas décevoir l’espoir qui porte sur une ouverture au bien commun avec une attention toute particulière à l’égard des plus fragiles.

La crise fit sortir de l’ombre les invisibles, mettant en évidence l’abîme entre eux et nous. 

Des mesures ont été engagées pour offrir un confinement à ceux qui ne l’avaient pas. Tout n’a pas été possible, mais le sans-abrisme est apparu davantage pour ce qu’il est, un mépris et un scandale.

Pour ne point assombrir ces ‘jours d’après’ en reconstituant l’abîme, il convient que ceux qui ont été mis à l’abri, notamment des femmes isolées et leurs enfants, ne soient pas rejetés à la rue. Il y a urgence.

Le partage de cette conviction doit être habité par l’énergie des soignants qui se sont risqués pour protéger. Leur audace, accompagnée d’un silence, a marqué si fortement les esprits et les cœurs qu’ils offrent à « ce demain » les conditions d’un renouveau, comme si d’une certaine façon, ils nous avaient guéris de l’inessentiel. 

L’heure est de veiller à ce que les plus vulnérables bénéficient d’un toit ; son absence est destructrice de la vie. 

Cette mission revêt un caractère d’humanité que nous ne pouvons pas déserter. 
Quatre propositions m’apparaissent crédibles pour être déjà expérimentées à savoir : 
1. une résorption importante de la vacance des logements dans des patrimoines anciens pour ne pas être aux normes, notamment sur le plan thermique,
2. la recherche de mesures exceptionnelles de financements pour les travaux de réhabilitation avec les Pouvoirs Publics et l’ANAH. Ainsi à la valorisation du patrimoine pour les bailleurs s’ajouterait celle d’une attention aux plus démunis,
3. une couverture des risques de l’impayé au bénéfice des propriétaires solidaires, suggérant que l’abandon partiel des loyers (50%) soit considéré comme une libéralité, alors qu’elle ne l’est que dans l’hypothèse où le don est total,
4. une mobilisation du bénévolat pour l’accompagnement des familles logées. 

La sortie de crise sera longue et difficile, mais elle est aussi le gage d’un monde plus humain. J’entends l’interrogation : « comment » ? Qui n’entend pas la réponse au plus intime de lui-même : « en devenant meilleur ». 

La créativité et la générosité sont chemin d’avenir. 
 

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94% des catholiques pratiquants vivent bien le confinement

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Voici l'entretien donné par Denis Sureau au site Atlantico :

1/Privés de paroissiens, les prêtres ont du s’adapter en proposant pour certains des visioconférences afin de continuer à vivre la messe pour les fidèles. Les chrétiens pratiquants vont revivre Pâques comme les premiers disciples l’ont vécu. Ce retour au sens premier peut-il modifier leur engagement et leur pratique du culte ?

Denis SUREAU : Selon une enquête du cabinet Camino Conseil, 94 % des catholiques (pratiquants) déclarent bien vivre le confinement, et 63 % d’entre eux ne s’estiment pas isolés. Les deux tiers déclarent lire la Bible, 51 % d’autres publications spirituelles. C’est d’une certaine façon un retour à l’Église des catacombes. Je pense aussi aux catholiques japonais privés de sacrements (baptême excepté) pendant 240 ans, ou à l’Église du silence, dans les pays communistes. Mais les prêtres ont su exploiter les ressources du numérique en multipliant les messes en direct et en différé. Il y en a pour tous les goûts, en français comme en latin, sur la toile et à la télévision. Et les compteurs d’audience ont explosé ! Cela a pu inciter les chrétiens confinés à assister à davantage d’offices que d’habitude, notamment en semaine. J’espère que le long « jeûne eucharistique » imposé réveille en eux la faim de la communion au corps du Christ. Il y a eu depuis un siècle une banalisation progressive de la communion ; celle-ci est devenue un acte dominical imposé, au détriment du respect dû au Christ présent dans l’hostie consacrée. La privation actuelle offre l’occasion de redécouvrir toute son importance.


2/Pouvez-nous expliquer la symbolique de la communion lors des fêtes de Pâques ? Et pourquoi ce confinement rend-il si complexe cette célébration ?

DS : L’Église demande que les fidèles communient au moins une fois par an, à Pâques, car les fêtes pascales sont au centre de toute la liturgie chrétienne. Le Christ ressuscité nous offre de participer à sa propre vie divine. La messe, ce n’est pas seulement le souvenir de la Cène, le dernier repas du Christ, c’est l’actualisation de l’unique sacrifice du Corps et du Sang du Christ, mort sur la croix pour sauver les hommes, et ressuscité. Toute eucharistie est un banquet pascal, qui prend tout son sens le dimanche de Pâques. Le confinement empêche non la célébration, mais la communion sacramentelle du peuple chrétien, et c’est pour lui une souffrance. Ne pas communier, disait le Curé d’Ars, c’est comme mourir de soif près d’une source.


3/La période d’isolement liée au confinement peut-elle entraîner un retour plus intense sur le religieux ?

DS : La quarantaine, les chrétiens connaissent : c’est le carême ! La coïncidence entre le repli sanitaire et la retraite annuelle de quarante jours était une occasion à saisir pour redécouvrir la prière. Selon l’enquête Camino Conseil, 62 % des catholiques prient davantage en famille, 41 % font des temps d’adoration à la maison. De nombreuses familles chrétiennes expérimentent ainsi leur réalité d’« Église domestique » ou d’ecclesiola, d’Église en miniature. Ces expressions remontent aux premiers temps de l’Église, lorsque les chrétiens persécutés se réunissaient dans des maisons, à défaut d’églises. Pour les personnes seules, le confinement imposé peut inciter à prendre du recul par rapport à son travail, à sa vie, au sens qu’on y trouve. Un prêtre m’a dit qu’il constatait souvent le retour à la foi de jeunes retraités : après une vie professionnelle intense, ils se retrouvent comme en face du vide, privés de relations sociales, se posent des questions sur le sens de leur existence et reviennent à la pratique religieuse. Le confinement pourrait avoir un effet équivalent.

4/À l’origine, les rituels du Jeudi saint comme le chemin de croix, le feu et le lavement des pieds sont un moment fraternel pour le culte catholique. Comment, hors crise sanitaire, ces rituels étaient-ils vécus ? Quelles alternatives propose cette année l’Église ?

DS : Même une messe célébrée par un prêtre sans fidèles est un acte communautaire, un acte d’Église : l’Église fait l’eucharistie et l’eucharistie fait l’Église, disait Henri de Lubac. L’Église est la famille de Dieu. Il est important qu’une famille puisse partager des moments de convivialité et d’échanges ; mais un coup de téléphone peut resserrer les liens parfois plus fortement qu’un repas. Il en va de même pour l’Église : la liturgie avec ses rites est au cœur de sa mission ; mais elle n’est pas qu’une simple association humaine, elle est une communion, et les liens qui unissent ses membres sont d’abord spirituels. Je viens de publier un livre sur Frère Laurent de la Résurrection, le cordonnier de Dieu (Artège), un simple frère carme qui écrivait au dix-septième siècle : « Il n’est pas nécessaire d’être toujours à l’Église pour être avec Dieu, nous pouvons faire de notre cœur un oratoire dans lequel nous nous retirions de temps en temps pour nous y entretenir avec lui doucement, humblement, et amoureusement. » Une pensée qui me semble fort opportune !
 

 

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Les catholiques mobilisés face au confinement

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Chrétiens dans la Cité # 387 vient de paraître. Il présente notamment de nombreuses initiatives prises par les catholiques pour venir en aide aux personnes les plus touchées par le confinement.

Un spécimen peut vous être envoyé sans engagement. Cliquez sur ce lien : contact@chretiensdanslacite.com

AU SOMMAIRE

Analyse : Des juristes catholiques s'interrogent sur les atteintes à la liberté religieuse entraînées par le confinement.

Infos : L'Eglise confinée à l'heure numérique - Des coiffes et des masques - La Quarantaide des Vincentiens - Le numéro vert pour les catholiques confinés - Accompagnement en temps d'isolement - Les masques du Puy - 80 films chrétiens en VOD - Un alcool bienfaisant - Deux nouveaux réseaux d'entraide - Explosion de prières

Les hommes - Gad Elmaleh - Tibaud Perruchot - Décès : Henri Tincq, Xavier Dor, André Clément

Lectures : Enracinés, par Gabrielle Cluzel

 

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Le jour d’après

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Une chronique du Père Bernard Devert, président-fondateur d'Habitat & Humanisme :

L’attente du jour d’après est chargée d’un immense espoir, demain pourrait ne pas être comme avant. 

Le ciel n’est pas accusé de nos malheurs ; notre humanité n’aurait-elle pas gagné en maturité, reconnaissant que la cause de la crise sanitaire qui touche le monde relève de sa responsabilité, liée à une volonté de puissance caractérisée par un toujours plus, sans limite aucune. 

La jouissance est peut-être donnée à ceux qui participent à cette course folle, le bonheur en est absent ; les addictions sont trompeuses des vraies soifs.

Ne nous berçons pas d’illusions, ce plus est tellement ancré dans les habitudes qu’il tentera de revenir au galop. En ce moment de veille et de réflexion, interrogeons-nous sur le confinement à mettre en œuvre pour que ce tsunami sanitaire ne revienne pas. La réponse n’est pas seulement médicale, elle relève d’une prise de conscience de la Société. Assez d’user et d’abuser de la nature, des hommes, pour des objectifs quantitatifs qui finalement se retrouvent dans quelques mains. Et les autres …

Les masques ont manqué au début de cette crise pour se protéger mais, le jour d’après, il faudra avancer sans se masquer la vérité. 

Il est bien des raisons de penser qu’un regard libéré peut surgir. Le confinement auquel nous assistons conforte l’idée que la vie a prévalu sur la bourse et ce, quoi qu’il en coûte, pour reprendre les mots justes du Président de la République.

Les milliards, puis les trillards déferlent. L’urgence est de respecter la vie. La Société progresse dans l’aventure de l’éthique. Les soignants et les chercheurs sont désormais les premiers de cordée. L’exemplarité de leur engagement n’est pas étrangère à une solidarité qui nous tire tous vers le haut. 

Camus dans La Peste dit que dans chacun de nous, il y a plus d'admirable que de méprisable. Que de raisons de s’émerveiller ! « la peur était dans la ville » ; le cloisonnement provoque un changement d’habitude chez les habitants pris de panique. Les gens se renferment et perdent goût dans la vie. 

Que voyons-nous aujourd’hui dans nos villes, des signes d’humanité, de solidarité. A 20h, le rendez-vous est aux fenêtres, aux balcons. La vie, mieux prise en compte pour en percevoir la fragilité, fait naître cette interrogation riche de promesses : et après ?

La question est là ; que voulons-nous vivre d’essentiel ?

Cette crise peut être considérée comme une parenthèse. Alors, nous repartirions comme avant, aiguisés et aiguillés par la crise financière si considérable qu’elle peut occulter le diagnostic actuellement posé : une fièvre du corps social, signe qu’il faut changer. 

Le corps hurle : cela suffit !

La crise révèle que les iniquités sont si graves qu’elles fracturent tout, mettant sens dessus dessous la question du sens. Regardons le confinement vécu par ceux qui bénéficient de l’espace et d’un confort et ceux qui le vivent dans des machines à loger ; le monde n’est pas le même.

Les plus fragiles n’ont pas de barrière de protection contre le virus ; leur conscience est vive et douloureuse de constater que, dans cette lutte pour la vie, ils sont les invisibles comme si leur disparition n’avait pas le même prix que celle des autres. 

Les crises rendent encore plus insupportables les hostilités passives. Il est vrai qu’une hospitalité se construit. Autant de réponses nécessaires mais palliatives qui, le jour d’après, devront être examinées pour un traitement de la pauvreté à la hauteur du respect de la vie pour tous.

Durant ce temps de confinement, il est rappelé que pour garder la vie et protéger l’autre, il convient d’être attentifs aux distances. Le jour d’après, il faudra les réduire, sauf à se laisser emporter par un virus sectaire. Alors, l’ennemi visible sera plus terrible.

“Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve” (Hölderlin). C’est à cette croissance qu’il faut s’attacher d’où un certain effacement que rappelle ce même poète. 

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Contre la vaine rhétorique de la "guerre"

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Nous sommes en guerre, a martelé Emmanuel Macron. Une rhétorique qui appelle ces réflexions suivantes :

Sur les dilemmes de la bioéthique contemporaine plane l’ombre de la mort, considéré comme l’ennemie ultime. Par contraste, la vie est le plus grand bien, la fin ultime, et tout ce qui la menace devient un ennemi résolu. Le discours médical est saturé de métaphores guerrières : face aux envahisseurs que sont les virus ou les cancers, qui violent l’intégrité territoriale de notre corps pour le détruire, les professionnels du combat sont chargés de la défense et mènent une guerre inconditionnelle. L’hôpital est devenu un camp militaire. Ce discours guerrier justifie des dommages collatéraux tels que la destruction d’embryons humains dans la recherche sur les cellules souches visant à éradiquer la maladie de Parkinson. Cette prétendue « juste guerre » contre la souffrance suppose des sacrifices, comme toute guerre.

Penser la médecine comme une discipline militaire et la mort violente comme le summum malum, le mal absolu, n’est possible que dans une culture sécularisée. Dans cette rhétorique, l’ennemi désigné est la mort mais celle-ci, dans une société sans Dieu, devient un nouveau dieu (mauvais), au-delà de tous les dieux. Le médecin est le nouveau rédempteur qui, par son savoir et son pouvoir sacré, a pour mission d’assurer notre salut. Le succès des séries télévisées ayant des médecins pour héros n’est peut-être pas étranger à cette nouvelle conscience religieuse.

Cette vision théologique sous-sous-sous-jacente à la bioéthique contemporaine qui nous déforme gravement est contraire au christianisme. Elle est une parodie du message chrétien de salut. Car dans la tradition chrétienne, la souffrance, la mort et les autres forces qui nous menacent et nous terrifient sont ces « principautés » et ces « puissances » qui seront complètement détruites par le Christ lors de son Avènement (cf. 1 Co 15,24). La mort, notre grande ennemie, a déjà été défaite par la mort sur la Croix et la Résurrection du Christ. Si bien que pour le chrétien, le salut ne vient pas du médecin mais du Dieu trinitaire révélé en Jésus Christ. Son disciple n’est pas appelé à sauver le Christ de la mort mais à marcher à sa suite. Sa mort doit être comprise comme la victoire de Dieu sur la mort.

C’est en raison de cette victoire que la vie, dans une perspective chrétienne, n’est pas une fin en soi. Les récits de la Passion n’affirment pas l’inviolabilité de la vie mais l’obligation faite par Jésus d’aimer ses ennemis et de prier pour ses persécuteurs. Tel est le Chemin de réconciliation que Dieu nous montre, à rebours de tout sens commun.

A la lumière de la Semaine sainte, le chrétien est invité à se réconcilier avec ces ennemis que sont la souffrance et la mort - et à voir la mort non plus comme une ennemie mais comme une amie, en tant qu’elle est une transition entre la vie présente et la vie éternelle. « Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle que personne ne peut éviter. Quel malheur pour ceux qui meurent avec un cœur mauvais ! Mais quel bonheur pour ceux qu'elle surprendra avec un cœur bon car le paradis les attend auprès de Toi ! » (saint François d’Assise, Cantique de Frère Soleil). Cette perspective est apaisante et libératrice n’est possible qu’en accueillant la paix du Christ et son amour pour nous.

(Extrait de "Pour une nouvelle théologie politique", par Denis Sureau, Parole & Silence, 2008, p. 103-104)

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