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Deux nouveaux évêques auxiliaires à Paris

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Le Pape François a nommé Mgr Denis Jachiet et Mgr Thibault Verny évêques auxiliaires de l’archidiocèse de Paris. Mgr Jachiet était jusqu’à présent vicaire général du diocèse de Paris et Mgr Verny avait été nommé vicaire général du diocèse de Paris pour une prise de fonction à partir du 1er septembre 2016. À Mgr Jachiet a été assigné le siège titulaire épiscopal de Tigisi di Numidia et à Mgr Verny le siège titulaire épiscopal de Lamzella.
Ordonné en 1996 pour le diocèse de Paris, Mgr Denis Jachiet fut vicaire à la paroisse Notre-Dame de Grâce de Passy à Paris et aumônier du collège-lycée Saint-Jean de Passy entre 1997 et 2000. De 2000 à 2014, il fut responsable de la Maison Saint-Roch puis de la Maison Saint-Séverin (Séminaire de Paris) et directeur au Séminaire de Paris ainsi qu’enseignant à l’École Cathédrale et à la faculté Notre-Dame de Paris. Entre 2002 et 2009, Mgr Jachiet devint délégué diocésain pour les vocations religieuses et sacerdotales. En 2010, il fut nommé curé de la paroisse Saint-Séverin Saint-Nicolas à Paris et de 2013 à 2014 aumônier diocésain des Scouts unitaires de France. En 2014, il fut nommé vicaire général de Paris et chanoine titulaire de la Cathédrale de Paris.
Ordonné en 1998 pour le diocèse de Paris, Mgr Thibault Verny fut entre 1999 et 2005, aumônier du collège-lycée Janson-de-Sailly et du collège Eugène-Delacroix à Paris. Depuis 2005, Mgr Verny était curé de la paroisse Notre-Dame de Lorette et depuis 2007 doyen du doyenné Magenta-La Fayette. En 2014 il est nommé en plus, adjoint au service diocésain des vocations sacerdotales et religieuses. Il venait d’être nommé vicaire général de Paris pour une prise de fonction au 1er septembre.

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Transmettre publie son catéchisme

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Transmettre publie son catéchisme

Devenu un acteur influent de la catéchèse en France, Transmettre* vient de publier son propre parcours complet sur trois ans (CE2, CM1, CM2) : A la rencontre de Dieu (chaque année 100 pages, 19 €).

Conçu par Madeleine Russocka – auteur de nombreux guides de formation religieuse à succès – avec la participation de la Communauté Saint-Martin et la Fraternité Saint-Thomas-Becket, il a reçu l'imprimatur à usage catéchétique de Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne. Transmettre édite aussi une revue mensuelle pour aider parents et catéchistes dans l'évangélisation des jeunes.
*Transmettre – 17 rue Manessier – 94130 Nogent-sur-Marne  01 48 76 72 91

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Emmaüs lance son bric-à-brac en ligne

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Emmaüs lance son bric-à-brac en ligne

La vente d'objets d'occasion par les particuliers sur internet est en fort développement, avec notamment Leboncoin.fr. Emmaüs, fort de ses 350 lieux de vente (boutiques, friperies, bric-à-brac...) et de ses 285 000 tonnes de marchandises collectées, ouvrira le premier octobre son propre marché en ligne, Labelemmaus.co : « L’ambition est de proposer sur Internet une véritable alternative aux sites marchands classiques, en portant les valeurs du mouvement Emmaüs: une deuxième vie pour les objets, une seconde chance pour les hommes ! » Ce projet est géré par une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) dont la gouvernance intégrera toutes les parties prenantes : salariés, vendeurs, partenaires économiques et institutionnels, particuliers sympathisants et acheteurs solidaires. Label Emmaüs offrira la possibilité d’acheter en ligne une sélection d’objets du quotidien ou de collection, du matériel high tech ou encore du mobilier de bureau à destination des professionnels. Donateurs, acheteurs et sympathisants pourront choisir de publier en ligne leur petite annonce solidaire et donner le gain de leurs ventes au profit d’Emmaüs, ou encore devenir sociétaire de la SCIC. Ce sont les personnes accueillies chez Emmaüs (« compagnons ») qui mettront en ligne les annonces et prépareront les commandes, bénéficiant d’une formation aux compétences numériques et logistiques. La coopérative emploiera également des personnes en insertion sur les métiers de demain tels que le développement web, le webmarketing, le support, la logistique et le service après-vente.

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Le numéro 331 est paru

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Le numéro 331 est paru

Le numéro de la lettre d'information Chrétiens dans la Cité vient de paraître, avec pour thèmes principaux :

ANALYSE : Résumé de la déclaration des évêques 2017, année électorale, quelques éléments de réflexion.

AGENDA

LES HOMMES : Mgr Didier Berthet - Mgr Emmanuel Gobilliard - Dominique Vermersch - Aymeric Pourbaix

INFOS : Le diocèse de Lille crée sa fondation - Création d'une association de parents - La liberté d'enseignement en danger - Emmaüs lance le bric-à-brac solidaire en ligne - Transmettre publie son catéchisme

A LA LOUPE : Réforme au Vatican - Epargne solidaire - Chasser le naturel ? - Ordinations 2016

LECTURES : Chrétien et moderne

INITIATIVES : Foyers de charité

Ce numéro sera envoyé gratuitement à toute personne nous en faisant la demande.

Pour vous abonner en profitant d'une offre découverte, cliquez sur ce lien.

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Chrétien et moderne ?

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Gallimard, 240 pages, 20 €
Gallimard, 240 pages, 20 €

Etre chrétien dans le monde moderne ? La question n'est pas nouvelle. Observateur attentif de nos sociétés, Philippe d'Iribarne, 79 ans, sociologue et directeur de recherches au CNRS, tente d'y répondre à frais nouveaux dans l'essai qu'il vient de publier. Il récuse d'emblée tant les propagandistes que les contempteurs de la modernité. Cette posture entre deux extrêmes n'est pourtant pas facile à tenir, comme nous allons le constater.

En effet, l'auteur développe une critique très lucide du projet d'émancipation moderne, ce "rêve illusoire d'une société hors sol": construire une société artificielle, négatrice des identités concrètes, des diversités culturelles, un monde autosuffisant, où la religion ne semble guère avoir de place.

Dans un chapitre fort pertinent, Philippe d'Iribarne montre comment ce projet moderne réserve un destin cruel aux pauvres, aux handicapés, aux malades en fin de vie - tous ceux qui "n'ont pas accès à une pleine dignité de citoyen". Il y a aussi dans ce livre une déconstruction de la "postmodernité", sa tolérance molle, sa "société liquide", ce dialogue qui recherche le consensus au lieu de chercher la vérité. Or d'un point de vue chrétien, l'attention évangélique aux personnes n'implique pas un égal respect des "choix de vie" et des doctrines : le Christ accueille les pécheurs mais il ne cautionne pas le péché.

Compte tenu de ces analyses, on pourrait imaginer que Philippe d'Iribarne appelle les chrétiens à retrouver le sens de l'Eglise comme contre-société. Eh bien non. Il affirme plutôt que la modernité peut être profitable aux chrétiens. Mais il faut reconnaître qu'il est ici beaucoup moins convaincant. Sa volonté de rapprochement le conduit à s'en prendre à certaines vérités de la foi catholique - les dogmes - et à la nature même de l'Eglise. En fait, il adopte une perspective qu'on peut qualifier de protestante, caractérisée dans un éloge du "libre examen" et une pratique de la sola Scriptura au détriment du Magistère. S'appuyant sur les thèses sulfureuses du dominicain Claude Geffré, il s'en prend à l'enseignement des papes et des évêques sur des points tels que l'infaillibilité, l'Immaculée Conception ou l'Assomption, évoquant des "spéculations théologiques incertaines" et des "traditions contingentes". . Il dénonce "la prétention de dire la vérité" revendiquée par la papauté. Plus largement, il semble rejeter la certitude que peut apporter la foi, et justifie le doute. Pourtant, comme le rappelle le Catéchisme de l'Eglise catholique, le doute volontaire est contradictoire avec foi (je n'évoque pas ici l'état mystique qui s'appelle la "nuit de la foi"). C'est même un péché. Le Christ dénonce d'ailleurs très souvent le manque de foi de ses disciples, "hommes de peu de foi", ou de "petite foi". Ajoutons que la certitude que donne la foi est supérieure que celle que donne la raison.

Il est en fin de compte fort révélateur qu'une tentative d'accommodement avec la modernité implique une dénaturation profonde du christianisme. Jacques Maritain était plus conséquent lorsqu'il intitulait un de ses livres Antimoderne.

Denis Sureau

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2017 année électorale : une déclaration épiscopale

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2017 année électorale : une déclaration épiscopale

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié une déclaration intitulée "2017, année électorale, quelques éléments de réflexion". Notre résumé :

Cette déclaration s’adresse aux communautés chrétiennes et à l’ensemble des acteurs de la vie politique française ; des électeurs aux élus.S’appuyant sur l’actualité, elle s'articule autour de 7 points.
Démocratie et société de violence : les évêques souhaitent un un véritable débat national, qui évite "les crispations identitaires tout en faisant droit au fait national : nos racines, notre culture, notre patrie avec son histoire, ses responsabilités et ses atouts, la place et l'importance du fait religieux et des religions".
Pour un projet de société : les évêques défendent une "économie de partage" et une attention aux délaissés. "Nous sommes responsables du respect de toute vie de son commencement à sa fin".
Vers un pacte éducatif : il s'agit non seulement de proposer une meilleure qualité d’éducation pour les jeunes mais de renforcer la cohésion familiale. Or les familles sont affaiblies par des lois qui notamment brouillent la filiation et favorisent les divorces.
Solidarité : Pour remettre la recherche du bien commun au cœur de notre société, "l'Etat doit gérer positivement la tension entre un libéralisme sans contrôle et la sauvegarde des mécanismes de protection sociale".
Migrants : "Est-il aujourd’hui tolérable que des millions d’hommes de femmes et d’enfants vivent sur notre territoire dans des conditions trop souvent inhumaines ?"
Europe : Le projet européen ne peut "se développer sans une véritable adhésion des peuples d’Europe",, ce qui suppose de "respecter davantage le fait historique et culturel des nations" et de pratiquer lune vraie subsidiarité.
Écologie : Un an après la COP21 qui s’est tenue à Paris en décembre et la parution de l’encyclique Laudato Si, des solutions doivent être développées pour protéger la « maison commune» et réinventer notre société pour un monde "moins destructeur et plus juste".

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Mgr Emmanuel Gobilliard évêque auxiliaire de Lyon

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Mgr Emmanuel Gobilliard évêque auxiliaire de Lyon

Le Pape François a nommé Mgr Emmanuel Gobilliard évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Lyon, jusqu’à présent Recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay, en lui assignant le siège titulaire épiscopal de Carpentras.
Ordonné en 1997 pour le diocèse du Puy-en-Velay, Mgr Gobilliard fut aumônier de lycées et de collèges de l’Enseignement public et coordinateur de la pastorale des jeunes entre 1997 et 2006. En 2006, il devint Recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay, délégué épiscopal à la formation aux ministères et membre du Conseil épiscopal. Entre 2011 et 2012, Mgr Gobilliard séjourna à Madagascar comme enseignant au Séminaire interdiocésain de Fianarantsoa et animateur des jeunes de Tanjomoha. Depuis 2015, il était coordinateur des jeunes prêtres de la Province ecclésiastique de Clermont.

Parcours

Né le 18 février 1968 à Saumur (Maine-et-Loire)
Ordonné prêtre le 28 juin 1997, pour le diocèse du Puy-en-Velay.
Etudes
Université de la Sorbonne (1989).
Séminaire du Puy-en-Velay (1990-1992).
Séminaire pontifical français, Rome (1993-1998).
Université pontificale grégorienne, Rome (1993-1996).
Institut pontifical Jean-Paul II, Rome (1996-1998).
Diplômes
Licence d’Histoire (1989).
Licence canonique en théologie morale (1998).
Ministères
1998-2006 : Aumônier de lycées et de collèges, responsable diocésain de l’Aumônerie de l’Enseignement public, coordinateur de la pastorale des jeunes ;
2006-2015 : Délégué épiscopal à la formation aux ministères ;
Depuis 2006 : Recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay et membre du conseil épiscopal ;
2011-2012 : Séjour à Madagascar comme enseignant au séminaire interdiocésain de Fianaransoa et animateur des jeunes de Tanjomoha ;
Depuis 2015 : Coordinateur de la formation des jeunes prêtres de la province ecclésiastique de Clermont.

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Mgr Didier Berthet nommé évêque de Saint-Dié

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Mgr Didier Berthet nommé évêque de Saint-Dié

Le Pape François a nommé Mgr Didier Berthet évêque de Saint-Dié, jusqu’à présent supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux (92). Mgr Jean-Paul Mathieu est nommé administrateur apostolique du diocèse jusqu’à la prise de possession de son successeur.

Ordonné en 1992 pour le diocèse de Nanterre, Mgr Berthet fut nommé vicaire de la paroisse Saint-Pierre Saint-Paul de Rueil (1993-1994) avant de devenir responsable de l’aumônerie de l’enseignement public de Rueil-Malmaison. Entre 1998 et 2006, Mgr Berthet fut successivement curé de la paroisse Saint-Joseph de Buzenval à Rueil-Malmaison jusqu’en 1998 puis curé de la paroisse Saint-Saturnin d’Antony et doyen d’Antony entre 1998 et 2006. Entre 2001 et 2003, il fut chargé de l’accompagnement des séminaristes. De 2003 à 2006, il devint vicaire épiscopal du secteur sud de Nanterre et membre du Conseil épiscopal. Puis il fut nommé curé de la paroisse Saint-Maxime d’Antony entre 2005 et 2006 avant de devenir chancelier du diocèse de Nanterre, membre du Conseil épiscopal et de l’équipe animatrice du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux (2006-2007). Depuis 2007, il était supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux.

Son parcours

Né le 11 juin 1962 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
Ordonné prêtre le 27 juin 1992 pour le diocèse de Nanterre.
Études
Collège-Lycée Saint-Jean de Béthune, Versailles (1975-1980).
Institut d’études politiques de Paris (1980-1983).
Séminaire français de Rome (1987-1993).
Université grégorienne de Rome (1987-1993).
Diplômes
Diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris (1983).
Baccalauréat en théologie (1991).
Licence en droit canonique (1993).
Ministères
1993-1994 : Vicaire à la paroisse Saint-Pierre Saint-Paul de Rueil-Malmaison ;
1993-1998 : Responsable de l’aumônerie de l’enseignement public de Rueil-Malmaison ;
1994-1998 : Curé de la paroisse Saint-Joseph de Buzenval de Rueil-Malmaison ;
1998-2006 : Curé de la paroisse Saint-Saturnin d’Antony et doyen d’Antony ;
2001-2003 : Chargé de l’accompagnement des séminaristes ;
2003-2006 : Vicaire épiscopal du secteur sud de Nanterre et membre du Conseil épiscopal.
2005-2006 : Curé de la paroisse Saint-Maxime d’Antony ;
2006-2007 : Chancelier du diocèse de Nanterre et membre du Conseil épiscopal ; membre de l’équipe animatrice du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux.
Depuis 2007 : Supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux.

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Découvrir Robert Spaemann

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Découvrir Robert Spaemann

Les Presses Universitaires de l’IPC ont eu l’excellente idée de publier il y a quelques mois un nouveau livre de Robert Spaemann : Chasser le naturel ? (208 p., 24 €). La notion de nature est au centre des débats contemporains : en effet, l’affirmation libérale d’une autoaffirmation illimitée, devenue norme sociale absolue, se heurte à la reconnaissance d’une nature objective. Une recension de ce livre important paraîtra dans le prochain numéro de Chrétiens dans la Cité.

Insuffisamment connu en France malgré le travail de traduction persévérant de Stéphane Robilliard, Robert Spaemann est le plus important philosophe catholique allemand contemporain. Né à Berlin en 1927, il a enseigné à Munich, Heidelberg et Strasbourg. Sa philosophie morale, s’appuyant sur Aristote et saint Thomas, se veut une tentative pour dépasser, par une discussion rationnelle, les difficultés des conceptions morales modernes (kantisme, utilitarisme, conséquentialisme, éthique de la discussion…). A la morale du devoir, il préfère la morale qui considère que le (vrai) bonheur est le but de tout homme et qui est ouverte sur la transcendance : sans « théorie de l’absolu », tout s’effondre.

Comme sa pensée est complexe, quoique sans complexes, on pourra lire avec profit en guise d’introduction Nul ne peut servir deux maîtres (Hora Decima, 152 p., 2010), petit livre d’entretiens avec Stephen de Petiville. Esprit indépendant venu de la gauche, Spaemann n’a cessé d’approfondir la relation entre la nature et la raison – mais une raison éclairée par la foi. Il est aussi un acteur engagé : contre le réarmement de l’armée allemande dans les années 50, contre le nucléaire dans les années 60, contre l’éducation libertaire dans les années 70, contre l’avortement et l’euthanasie depuis les années 80. Jean Paul II lui a ouvert les portes de l’Académie pontificale pour la vie. Joseph Ratzinger l’a rencontré tardivement, mais avec une admiration qui a suscité une véritable amitié. Au plan religieux, tous deux partagent un même attachement liturgique ainsi qu’une vision d’une Église vécue comme signe de contradiction face au relativisme dominant. « Le seul moyen de combattre le mal réside dans la conversion et le fait de devenir chrétien. » Et pour conquérir les cœurs, le christianisme doit apparaître comme vrai, comme bon (comme source de salut) et comme beau (comme source de joie).
Les premières traductions françaises de ses livres ont été Bonheur et bienveillance (PUF 1997), une importante synthèse de sa réflexion éthique, et, plus accessible, dans la collection de poche « Champs », Notions fondamentales de morale (Flammarion, 1999), où il réfléchit sur l’éducation, la culture, la justice, les critères de l’action bonne, et répond aux questions habituelles : le bien et le mal sont-ils relatifs, doit-on toujours suivre sa conscience ? On notera la réfutation de la distinction pernicieuse entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

Plus ardu mais fondamental est son essai intitulé Les personnes. Essai sur la différence entre « quelque chose « et « quelqu’un » (Cerf, 2009). L’ambiguïté de l’usage de la notion de « personne » dans les questions sur le début et la fin biologique de la vie humaine rend nécessaire une analyse en profondeur de ce qu’est la « personne humaine », par-delà des perspectives purement sociologiques. La personne renvoie à une nature, explique le philosophe munichois, réfutant les thèses utilitaristes ou kantiennes. En tant que participant à la nature humaine, appartenant biologiquement au genre humain, tous les hommes sont des personnes – y compris les débiles profonds ou les petits enfants, qui ne sont pas de simples « personnes potentielles ». Une leçon magistrale et subtile au service d’une intervention intelligente dans les controverses bioéthiques.

Spaemann est également l’auteur d’études de référence sur trois penseurs français : Bonald, Fénelon et Rousseau. Seule celle sur Bonald (écrit à l’age de 25 ans) est disponible en français : Un philosophe face à la Révolution. La pensée politique de Louis de Bonald (Hora Decima, 2008). Il y analyse l'« irréductible ambivalence » de sa philosophie. Le vicomte Louis de Bonald (1754-1840) est considéré, avec Joseph de Maistre, comme un maître du traditionalisme contre-révolutionnaire. Théoricien de la Restauration aujourd’hui peu lu – son style manque de grâce -, il est régulièrement cité par les historiens des idées politiques parmi les principaux inspirateurs de Charles Maurras et de l’école d’Action française. Filiation juste mais incomplète, car la pensée bonaldienne, plus moderne qu’on ne l’imagine, est plus largement à l’origine de la sociologie qui a envahi les universités au vingtième siècle. Et sa théorie du langage n’est pas sans affinités avec certaines thèses de la linguistique contemporaine. Dans son étude à la fois perspicace et bienveillante, Spaemann montre comment, pour légitimer rationnellement la monarchie de droit divin, Louis de Bonald a tenté de retourner la modernité politique contre elle-même. L’entreprise était risquée, pour ne pas dire vouée à l’échec.
Bonald était catholique, mais sa philosophie aux antipodes de la tradition gréco-thomiste. Il définit la vérité à partir de son utilité pour la société. Même les dogmes chrétiens « sont vrais parce qu’ils sont utiles à la conservation de la société civile » La poursuite d’un bien commun de nature morale et spirituelle (la vie bonne d’Aristote ou de saint Thomas) est absente d’un système qui vise la seule conservation sociale. Par exemple, l’existence des ordres religieux est justifiée dans la mesure où ils accueillent des personnes inutiles à la société (car trop faibles ou trop sensibles, dit-il) et évitent une croissance excessive de la population (Bonald adhère aux thèses de Malthus).
Bonald déclare : « L’homme n’est ici-bas que pour perfectionner ses moyens de conservation physique et morale ». Ce que Spaemann qualifie de nihilisme de droite, ajoutant : « on y voit pour la première fois une théorie rigoureusement fonctionnaliste de la société revendiquer le statut de prima philosophia ». La métaphysique va céder la place à la sociologie, nouvelle science qui englobe tout. « La pensée contre-révolutionnaire devient l’accomplissement de la pensée révolutionnaire ».
Pour élaborer sa « théorie de la société », Bonald s’appuie sur Descartes ou Malebranche. Ses auteurs préférés : Hobbes, Locke, Montesquieu, Condillac et même Rousseau qu’il critique tout en lui empruntant (quitte à le transformer) le concept de « volonté générale ». Il est autant le successeur que l’adversaire des Lumières, explique Spaemann. Il défend Dieu « mais on accède chez lui au concept de Dieu lui-même exclusivement à partir de sa fonction sociale. Bonald parle de la reproduction de Dieu par la société, par quoi la société se produit elle-même. » On est proche de la définition de Dieu par Durkheim, père de la sociologie française : « La société épurée et pensée symboliquement ».
L’héritage bonaldien est double, comme l’est une pensée d’une « irréductible ambivalence » tiraillée entre une foi religieuse sincère et la réduction positiviste de la religion. On y trouve Lamennais comme Maurras. La filiation Bonald/Saint-Simon/Comte/Maurras et les sociologues du vingtième siècle est explicitement établie. Spaemann cite Péguy s’en prenant au « modernisme » de Maurras (comme le fera plus tard Bernanos), l’accusant de réduire la croyance à une fonction de conservation de la société (peu importe que Dreyfus soit innocent).
L’analyse de Spaemann a été plus récemment développée par le fondateur de Radical Orthodoxy, John Milbank. Dans son livre-maître Théologie et théorie sociale (Cerf-Ad Solem, 2010), il explique à son tour comment la pensée de Bonald est l’une des sources de la science sociale séculière. N’est pas antimoderne qui veut.
Denis Sureau

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