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Chrétien et moderne ?

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Gallimard, 240 pages, 20 €
Gallimard, 240 pages, 20 €

Etre chrétien dans le monde moderne ? La question n'est pas nouvelle. Observateur attentif de nos sociétés, Philippe d'Iribarne, 79 ans, sociologue et directeur de recherches au CNRS, tente d'y répondre à frais nouveaux dans l'essai qu'il vient de publier. Il récuse d'emblée tant les propagandistes que les contempteurs de la modernité. Cette posture entre deux extrêmes n'est pourtant pas facile à tenir, comme nous allons le constater.

En effet, l'auteur développe une critique très lucide du projet d'émancipation moderne, ce "rêve illusoire d'une société hors sol": construire une société artificielle, négatrice des identités concrètes, des diversités culturelles, un monde autosuffisant, où la religion ne semble guère avoir de place.

Dans un chapitre fort pertinent, Philippe d'Iribarne montre comment ce projet moderne réserve un destin cruel aux pauvres, aux handicapés, aux malades en fin de vie - tous ceux qui "n'ont pas accès à une pleine dignité de citoyen". Il y a aussi dans ce livre une déconstruction de la "postmodernité", sa tolérance molle, sa "société liquide", ce dialogue qui recherche le consensus au lieu de chercher la vérité. Or d'un point de vue chrétien, l'attention évangélique aux personnes n'implique pas un égal respect des "choix de vie" et des doctrines : le Christ accueille les pécheurs mais il ne cautionne pas le péché.

Compte tenu de ces analyses, on pourrait imaginer que Philippe d'Iribarne appelle les chrétiens à retrouver le sens de l'Eglise comme contre-société. Eh bien non. Il affirme plutôt que la modernité peut être profitable aux chrétiens. Mais il faut reconnaître qu'il est ici beaucoup moins convaincant. Sa volonté de rapprochement le conduit à s'en prendre à certaines vérités de la foi catholique - les dogmes - et à la nature même de l'Eglise. En fait, il adopte une perspective qu'on peut qualifier de protestante, caractérisée dans un éloge du "libre examen" et une pratique de la sola Scriptura au détriment du Magistère. S'appuyant sur les thèses sulfureuses du dominicain Claude Geffré, il s'en prend à l'enseignement des papes et des évêques sur des points tels que l'infaillibilité, l'Immaculée Conception ou l'Assomption, évoquant des "spéculations théologiques incertaines" et des "traditions contingentes". . Il dénonce "la prétention de dire la vérité" revendiquée par la papauté. Plus largement, il semble rejeter la certitude que peut apporter la foi, et justifie le doute. Pourtant, comme le rappelle le Catéchisme de l'Eglise catholique, le doute volontaire est contradictoire avec foi (je n'évoque pas ici l'état mystique qui s'appelle la "nuit de la foi"). C'est même un péché. Le Christ dénonce d'ailleurs très souvent le manque de foi de ses disciples, "hommes de peu de foi", ou de "petite foi". Ajoutons que la certitude que donne la foi est supérieure que celle que donne la raison.

Il est en fin de compte fort révélateur qu'une tentative d'accommodement avec la modernité implique une dénaturation profonde du christianisme. Jacques Maritain était plus conséquent lorsqu'il intitulait un de ses livres Antimoderne.

Denis Sureau

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2017 année électorale : une déclaration épiscopale

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2017 année électorale : une déclaration épiscopale

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié une déclaration intitulée "2017, année électorale, quelques éléments de réflexion". Notre résumé :

Cette déclaration s’adresse aux communautés chrétiennes et à l’ensemble des acteurs de la vie politique française ; des électeurs aux élus.S’appuyant sur l’actualité, elle s'articule autour de 7 points.
Démocratie et société de violence : les évêques souhaitent un un véritable débat national, qui évite "les crispations identitaires tout en faisant droit au fait national : nos racines, notre culture, notre patrie avec son histoire, ses responsabilités et ses atouts, la place et l'importance du fait religieux et des religions".
Pour un projet de société : les évêques défendent une "économie de partage" et une attention aux délaissés. "Nous sommes responsables du respect de toute vie de son commencement à sa fin".
Vers un pacte éducatif : il s'agit non seulement de proposer une meilleure qualité d’éducation pour les jeunes mais de renforcer la cohésion familiale. Or les familles sont affaiblies par des lois qui notamment brouillent la filiation et favorisent les divorces.
Solidarité : Pour remettre la recherche du bien commun au cœur de notre société, "l'Etat doit gérer positivement la tension entre un libéralisme sans contrôle et la sauvegarde des mécanismes de protection sociale".
Migrants : "Est-il aujourd’hui tolérable que des millions d’hommes de femmes et d’enfants vivent sur notre territoire dans des conditions trop souvent inhumaines ?"
Europe : Le projet européen ne peut "se développer sans une véritable adhésion des peuples d’Europe",, ce qui suppose de "respecter davantage le fait historique et culturel des nations" et de pratiquer lune vraie subsidiarité.
Écologie : Un an après la COP21 qui s’est tenue à Paris en décembre et la parution de l’encyclique Laudato Si, des solutions doivent être développées pour protéger la « maison commune» et réinventer notre société pour un monde "moins destructeur et plus juste".

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Mgr Emmanuel Gobilliard évêque auxiliaire de Lyon

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Mgr Emmanuel Gobilliard évêque auxiliaire de Lyon

Le Pape François a nommé Mgr Emmanuel Gobilliard évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Lyon, jusqu’à présent Recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay, en lui assignant le siège titulaire épiscopal de Carpentras.
Ordonné en 1997 pour le diocèse du Puy-en-Velay, Mgr Gobilliard fut aumônier de lycées et de collèges de l’Enseignement public et coordinateur de la pastorale des jeunes entre 1997 et 2006. En 2006, il devint Recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay, délégué épiscopal à la formation aux ministères et membre du Conseil épiscopal. Entre 2011 et 2012, Mgr Gobilliard séjourna à Madagascar comme enseignant au Séminaire interdiocésain de Fianarantsoa et animateur des jeunes de Tanjomoha. Depuis 2015, il était coordinateur des jeunes prêtres de la Province ecclésiastique de Clermont.

Parcours

Né le 18 février 1968 à Saumur (Maine-et-Loire)
Ordonné prêtre le 28 juin 1997, pour le diocèse du Puy-en-Velay.
Etudes
Université de la Sorbonne (1989).
Séminaire du Puy-en-Velay (1990-1992).
Séminaire pontifical français, Rome (1993-1998).
Université pontificale grégorienne, Rome (1993-1996).
Institut pontifical Jean-Paul II, Rome (1996-1998).
Diplômes
Licence d’Histoire (1989).
Licence canonique en théologie morale (1998).
Ministères
1998-2006 : Aumônier de lycées et de collèges, responsable diocésain de l’Aumônerie de l’Enseignement public, coordinateur de la pastorale des jeunes ;
2006-2015 : Délégué épiscopal à la formation aux ministères ;
Depuis 2006 : Recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay et membre du conseil épiscopal ;
2011-2012 : Séjour à Madagascar comme enseignant au séminaire interdiocésain de Fianaransoa et animateur des jeunes de Tanjomoha ;
Depuis 2015 : Coordinateur de la formation des jeunes prêtres de la province ecclésiastique de Clermont.

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Mgr Didier Berthet nommé évêque de Saint-Dié

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Mgr Didier Berthet nommé évêque de Saint-Dié

Le Pape François a nommé Mgr Didier Berthet évêque de Saint-Dié, jusqu’à présent supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux (92). Mgr Jean-Paul Mathieu est nommé administrateur apostolique du diocèse jusqu’à la prise de possession de son successeur.

Ordonné en 1992 pour le diocèse de Nanterre, Mgr Berthet fut nommé vicaire de la paroisse Saint-Pierre Saint-Paul de Rueil (1993-1994) avant de devenir responsable de l’aumônerie de l’enseignement public de Rueil-Malmaison. Entre 1998 et 2006, Mgr Berthet fut successivement curé de la paroisse Saint-Joseph de Buzenval à Rueil-Malmaison jusqu’en 1998 puis curé de la paroisse Saint-Saturnin d’Antony et doyen d’Antony entre 1998 et 2006. Entre 2001 et 2003, il fut chargé de l’accompagnement des séminaristes. De 2003 à 2006, il devint vicaire épiscopal du secteur sud de Nanterre et membre du Conseil épiscopal. Puis il fut nommé curé de la paroisse Saint-Maxime d’Antony entre 2005 et 2006 avant de devenir chancelier du diocèse de Nanterre, membre du Conseil épiscopal et de l’équipe animatrice du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux (2006-2007). Depuis 2007, il était supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux.

Son parcours

Né le 11 juin 1962 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
Ordonné prêtre le 27 juin 1992 pour le diocèse de Nanterre.
Études
Collège-Lycée Saint-Jean de Béthune, Versailles (1975-1980).
Institut d’études politiques de Paris (1980-1983).
Séminaire français de Rome (1987-1993).
Université grégorienne de Rome (1987-1993).
Diplômes
Diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris (1983).
Baccalauréat en théologie (1991).
Licence en droit canonique (1993).
Ministères
1993-1994 : Vicaire à la paroisse Saint-Pierre Saint-Paul de Rueil-Malmaison ;
1993-1998 : Responsable de l’aumônerie de l’enseignement public de Rueil-Malmaison ;
1994-1998 : Curé de la paroisse Saint-Joseph de Buzenval de Rueil-Malmaison ;
1998-2006 : Curé de la paroisse Saint-Saturnin d’Antony et doyen d’Antony ;
2001-2003 : Chargé de l’accompagnement des séminaristes ;
2003-2006 : Vicaire épiscopal du secteur sud de Nanterre et membre du Conseil épiscopal.
2005-2006 : Curé de la paroisse Saint-Maxime d’Antony ;
2006-2007 : Chancelier du diocèse de Nanterre et membre du Conseil épiscopal ; membre de l’équipe animatrice du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux.
Depuis 2007 : Supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux.

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Découvrir Robert Spaemann

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Découvrir Robert Spaemann

Les Presses Universitaires de l’IPC ont eu l’excellente idée de publier il y a quelques mois un nouveau livre de Robert Spaemann : Chasser le naturel ? (208 p., 24 €). La notion de nature est au centre des débats contemporains : en effet, l’affirmation libérale d’une autoaffirmation illimitée, devenue norme sociale absolue, se heurte à la reconnaissance d’une nature objective. Une recension de ce livre important paraîtra dans le prochain numéro de Chrétiens dans la Cité.

Insuffisamment connu en France malgré le travail de traduction persévérant de Stéphane Robilliard, Robert Spaemann est le plus important philosophe catholique allemand contemporain. Né à Berlin en 1927, il a enseigné à Munich, Heidelberg et Strasbourg. Sa philosophie morale, s’appuyant sur Aristote et saint Thomas, se veut une tentative pour dépasser, par une discussion rationnelle, les difficultés des conceptions morales modernes (kantisme, utilitarisme, conséquentialisme, éthique de la discussion…). A la morale du devoir, il préfère la morale qui considère que le (vrai) bonheur est le but de tout homme et qui est ouverte sur la transcendance : sans « théorie de l’absolu », tout s’effondre.

Comme sa pensée est complexe, quoique sans complexes, on pourra lire avec profit en guise d’introduction Nul ne peut servir deux maîtres (Hora Decima, 152 p., 2010), petit livre d’entretiens avec Stephen de Petiville. Esprit indépendant venu de la gauche, Spaemann n’a cessé d’approfondir la relation entre la nature et la raison – mais une raison éclairée par la foi. Il est aussi un acteur engagé : contre le réarmement de l’armée allemande dans les années 50, contre le nucléaire dans les années 60, contre l’éducation libertaire dans les années 70, contre l’avortement et l’euthanasie depuis les années 80. Jean Paul II lui a ouvert les portes de l’Académie pontificale pour la vie. Joseph Ratzinger l’a rencontré tardivement, mais avec une admiration qui a suscité une véritable amitié. Au plan religieux, tous deux partagent un même attachement liturgique ainsi qu’une vision d’une Église vécue comme signe de contradiction face au relativisme dominant. « Le seul moyen de combattre le mal réside dans la conversion et le fait de devenir chrétien. » Et pour conquérir les cœurs, le christianisme doit apparaître comme vrai, comme bon (comme source de salut) et comme beau (comme source de joie).
Les premières traductions françaises de ses livres ont été Bonheur et bienveillance (PUF 1997), une importante synthèse de sa réflexion éthique, et, plus accessible, dans la collection de poche « Champs », Notions fondamentales de morale (Flammarion, 1999), où il réfléchit sur l’éducation, la culture, la justice, les critères de l’action bonne, et répond aux questions habituelles : le bien et le mal sont-ils relatifs, doit-on toujours suivre sa conscience ? On notera la réfutation de la distinction pernicieuse entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

Plus ardu mais fondamental est son essai intitulé Les personnes. Essai sur la différence entre « quelque chose « et « quelqu’un » (Cerf, 2009). L’ambiguïté de l’usage de la notion de « personne » dans les questions sur le début et la fin biologique de la vie humaine rend nécessaire une analyse en profondeur de ce qu’est la « personne humaine », par-delà des perspectives purement sociologiques. La personne renvoie à une nature, explique le philosophe munichois, réfutant les thèses utilitaristes ou kantiennes. En tant que participant à la nature humaine, appartenant biologiquement au genre humain, tous les hommes sont des personnes – y compris les débiles profonds ou les petits enfants, qui ne sont pas de simples « personnes potentielles ». Une leçon magistrale et subtile au service d’une intervention intelligente dans les controverses bioéthiques.

Spaemann est également l’auteur d’études de référence sur trois penseurs français : Bonald, Fénelon et Rousseau. Seule celle sur Bonald (écrit à l’age de 25 ans) est disponible en français : Un philosophe face à la Révolution. La pensée politique de Louis de Bonald (Hora Decima, 2008). Il y analyse l'« irréductible ambivalence » de sa philosophie. Le vicomte Louis de Bonald (1754-1840) est considéré, avec Joseph de Maistre, comme un maître du traditionalisme contre-révolutionnaire. Théoricien de la Restauration aujourd’hui peu lu – son style manque de grâce -, il est régulièrement cité par les historiens des idées politiques parmi les principaux inspirateurs de Charles Maurras et de l’école d’Action française. Filiation juste mais incomplète, car la pensée bonaldienne, plus moderne qu’on ne l’imagine, est plus largement à l’origine de la sociologie qui a envahi les universités au vingtième siècle. Et sa théorie du langage n’est pas sans affinités avec certaines thèses de la linguistique contemporaine. Dans son étude à la fois perspicace et bienveillante, Spaemann montre comment, pour légitimer rationnellement la monarchie de droit divin, Louis de Bonald a tenté de retourner la modernité politique contre elle-même. L’entreprise était risquée, pour ne pas dire vouée à l’échec.
Bonald était catholique, mais sa philosophie aux antipodes de la tradition gréco-thomiste. Il définit la vérité à partir de son utilité pour la société. Même les dogmes chrétiens « sont vrais parce qu’ils sont utiles à la conservation de la société civile » La poursuite d’un bien commun de nature morale et spirituelle (la vie bonne d’Aristote ou de saint Thomas) est absente d’un système qui vise la seule conservation sociale. Par exemple, l’existence des ordres religieux est justifiée dans la mesure où ils accueillent des personnes inutiles à la société (car trop faibles ou trop sensibles, dit-il) et évitent une croissance excessive de la population (Bonald adhère aux thèses de Malthus).
Bonald déclare : « L’homme n’est ici-bas que pour perfectionner ses moyens de conservation physique et morale ». Ce que Spaemann qualifie de nihilisme de droite, ajoutant : « on y voit pour la première fois une théorie rigoureusement fonctionnaliste de la société revendiquer le statut de prima philosophia ». La métaphysique va céder la place à la sociologie, nouvelle science qui englobe tout. « La pensée contre-révolutionnaire devient l’accomplissement de la pensée révolutionnaire ».
Pour élaborer sa « théorie de la société », Bonald s’appuie sur Descartes ou Malebranche. Ses auteurs préférés : Hobbes, Locke, Montesquieu, Condillac et même Rousseau qu’il critique tout en lui empruntant (quitte à le transformer) le concept de « volonté générale ». Il est autant le successeur que l’adversaire des Lumières, explique Spaemann. Il défend Dieu « mais on accède chez lui au concept de Dieu lui-même exclusivement à partir de sa fonction sociale. Bonald parle de la reproduction de Dieu par la société, par quoi la société se produit elle-même. » On est proche de la définition de Dieu par Durkheim, père de la sociologie française : « La société épurée et pensée symboliquement ».
L’héritage bonaldien est double, comme l’est une pensée d’une « irréductible ambivalence » tiraillée entre une foi religieuse sincère et la réduction positiviste de la religion. On y trouve Lamennais comme Maurras. La filiation Bonald/Saint-Simon/Comte/Maurras et les sociologues du vingtième siècle est explicitement établie. Spaemann cite Péguy s’en prenant au « modernisme » de Maurras (comme le fera plus tard Bernanos), l’accusant de réduire la croyance à une fonction de conservation de la société (peu importe que Dreyfus soit innocent).
L’analyse de Spaemann a été plus récemment développée par le fondateur de Radical Orthodoxy, John Milbank. Dans son livre-maître Théologie et théorie sociale (Cerf-Ad Solem, 2010), il explique à son tour comment la pensée de Bonald est l’une des sources de la science sociale séculière. N’est pas antimoderne qui veut.
Denis Sureau

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Deux femmes contre le féminisme

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Deux femmes contre le féminisme

Le féminisme serait-il en voie de disparition ? La parution simultanée de deux essais montre au moins qu’il a du plomb dans l’aile.

Rédactrice en chef de Boulevard Voltaire, chroniqueuse à Famille chrétienne et à Monde & Vie, Gabrielle Cluzel déploie brillamment son sens de l’humour et de la formule pour dénoncer l’idéologie dont Simone de Beauvoir fut l’annonciatrice. Dans Adieu Simone ! (Le Centurion, 130 p., 11,90 €), elle montre comment le féminisme, loin d’être libérateur, est autoritaire et oppressant. Son démontage de la presse féminine est particulièrement bien vu.

Un propos qui n’est pas très éloigné de celui d’Eugénie Bastié (Adieu, mademoiselle, Le Cerf, 224 p, 19 €). Cette journaliste au Figaro, âgée de 24 ans, est également rédactrice en chef politique de la revue d’écologie intégrale Limite. Elle fait partie de cette « génération Manif pour tous », prometteuse et libre.

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De la megachurch à l'Eglise catholique

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De la megachurch à l'Eglise catholique

Henrik Lindell, journaliste au magazine La Vie, « catholique évangélique » (comme il aime se définir) et suédois, publie un livre d’entretiens avec une figure du protestantisme suédois, Ulf Ekman : De la megachurch à l’Église catholique (Cerf, 192 p., 14 €).

Ce pasteur évangélique et turbulent a secoué pendant trente ans l’établissement religieux et politique de son pays en développant une communauté, Livets Ord (Parole de Vie), qui aujourd’hui rassemble le plus de pratiquants en seul lieu le dimanche, avec 4000 participants. Et il a une seconde fois surpris tout le monde en annonçant en 2014 sa conversion claire et nette au catholicisme. « Je voudrais que tous les chrétiens deviennent catholiques » déclare-t-il aujourd’hui. Un beau témoignage.

Denis Sureau

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L’indécence fait le plein

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L’indécence fait le plein

Le Père Bernard Devert, fondateur et président d'Habitat et Humanisme, s'exprime sur la crise suscitée par la loi El Khomri :

Le Pouvoir parle d’un mieux, mais comment ne pas observer le « millefeuille » des malaises que traduit un climat social tendu. La Société est sans doute accablée, mais le spectacle qu’elle donne est accablant.
Les représentants de la Nation ont dû subir l’assaut du Gouvernement pour l’approbation de la loi El Khomri. Le texte est voté en bloquant toute discussion et toute écoute pour l’imposer via l’article 49-3.
Le manque de confiance n’est pas étranger à l’inflation d’une législation qui, in fine, durcit les relations.
Faire confiance, ce n’est pas tout écrire, c’est écrire ensemble le récit d’une histoire. Le « vivre ensemble » est en panne, faute de créer les conditions d’un « faire ensemble » à l’égard notamment de ceux que la vie fragilise.
Tout ne peut pas relever de l’Etat, sauf à considérer que la subsidiarité est une perte de temps alors qu’elle est la trace du respect de l’autre.
Le projet de loi sur le travail aurait dû susciter des négociations entre les partenaires sociaux ; il a entraîné un déchirement. Le travail réduit à un simple échange de biens, il s’en suit que trop de salariés se sentent instrumentalisés à des fins utilitaristes.
Dans Terre des hommes, Saint Exupéry dit « celui-là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles, s'il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu'un serviteur. Il est une sentinelle ».
Notre Société a besoin de veilleurs pour atténuer les manques, à commencer par ceux qui concernent les défaillances du marché.
Le texte El Khomri, dans son article 2, souligne l’importance de l’entreprise sur les accords de branches. N’est-ce pas une ouverture pour une gestion participative via le référendum d’entreprise Le texte est si ‘détricoté’ qu’il n’a plus de lisibilité sauf celle de l’affichage du bras-de-fer d’un syndicat et du Gouvernement.
Finalement, cette loi du travail bloque le travail avec le déclenchement d’une grève. Il y a pire que le carburant qui ici et là manque, il y a un rendez-vous manqué au cours duquel l’on aurait moins cherché à faire valoir ses forces qu’à s’efforcer de ne point punir ceux qui sont privés d’emploi.
A trop se raidir sur les droits, on perd la flexibilité si nécessaire pour innover. Un arbitrage doit être recherché entre la protection de la personne et les dispositifs à mettre en œuvre pour favoriser l’emploi. Tel était l’esprit de cette loi ; les maladresses syndicales et politiques l’ont brisé.
Comment ne pas être interrogés par le silence assourdissant relatif au chômage massif au moment où l’on traite d’une loi sur le travail. Que de frustrations et d’accablements ressentent les privés d’emploi au point qu’aucune voix dans leur rang ne s’élève. Les inclus sont représentés, insuffisamment et parfois mal, les exclus demeurent les oubliés sans que cela n’émeuve quiconque.
Si les victimes du travail sont connues – rappelons-nous le film La loi du marché dans lequel intervient Vincent Lindon –, que de victimes anonymes, comme le rappelle Jean Tirole dans son ouvrage L’économie du bien commun.
Et si, dans les files d’attente sur les aires des stations-services pour tenter de faire le plein, nous nous laissions interroger sur ce trop-plein d’indécence et d’indifférence à l’égard de ceux qui ne sont point retenus, simplement par ce qu’il n’y a pas d’emploi possible. Il y a une responsabilité collective à le créer.
Bernard Devert
Mai 2016

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La liberté scolaire à nouveau menacée

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La liberté scolaire à nouveau menacée

Sous prétexte de lutte contre les écoles musulmanes radicales, le ministère de l’Éducation vise principalement les établissements catholiques. Et menace gravement les écoles alternatives,

La manœuvre est subtile, et elle comporte trois dimensions.

1./Le 6 avril dernier, Najat Vallaud-Belkacem déclare vouloir lutter contre le risque de radicalisation des jeunes dans certaines écoles musulmanes (de fait, celles-ci sont pour la plupart liées aux Frères musulmans et à l’UOIF) ; elle voudrait donc modifier le système d’ouverture des écoles hors contrat en passant d’un régime de déclaration à un régime d’autorisation préalable.
2./ Or, après les derniers attentats parisiens, le gouvernement entend surtout inciter les établissements musulmans à passer sous contrat, en leur apportant les financements publics correspondants.

3./ Enfin, troisième mesure en chantier, le gouvernement prépare un décret réformant « le contrôle du contenu des connaissances requis des enfants instruits dans la famille ou dans les établissements d’enseignement privés hors contrat ». Autrement dit, la liberté de choisir les programmes dont jouissaient les écoles indépendantes (jusqu’alors uniquement tenues au respect du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture en fin de scolarité obligatoire) serait remplacée par l’obligation d’aligner leur progression pédagogique sur « les objectifs de formation attendus à la fin de chaque cycle d’enseignement de la scolarité obligatoire ». En clair, les écoles hors contrat devraient désormais respecter les programmes de l’Éducation nationale, lesquels sont définis par cycles. Ce qui sonnerait le glas pour la liberté pédagogique.

Un décryptage attentif s’impose. En effet, les trois types de mesures envisagées sont en fait dirigées principalement contre des établissements catholiques. Les écoles indépendantes catholiques sont visées par les projets 1. et 3. : le ministère de l’Éducation nationale se donnerait le pouvoir d’empêcher toute nouvelle création d’école, et d’assurer leur formatage idéologique en les privant du choix du contenu des enseignements qui légitime pourtant leur existence. En outre les écoles indépendantes non confessionnelles créées par la Fondation Espérance Banlieues dans les cités les plus difficiles seraient directement compromises : « Si cette réforme venait à entrer en vigueur, elle rendrait impossible le travail des écoles Espérance banlieues qui ont besoin de pouvoir adapter les programmes définis par l’Éducation nationale à la réalité des besoins des enfants, constatés sur le terrain, toujours

dans le respect du socle de connaissances précédemment évoqué. En pratique, dans nos écoles, certaines matières secondaires dites d’éveil ne sont pas ou peu enseignées dans certains cycles afin de donner plus de temps aux équipes pédagogiques pour renforcer les connaissances et compétences des enfants dans les matières fondamentales, à commencer par le français qui n’est que rarement la langue parlée à la maison des élèves d’Espérance Banlieues. » L’essor considérable des écoles indépendantes est effectivement un signe d’échec très gênant d’un enseignement public naufragé.
Mais ces écoles totalement libres ne sont pas les seules à être concernées par les projets gouvernementaux, comme l’a bien souligné Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école (Le Figaro, 19/3). En effet, l’enseignement catholique sous contrat risque d’être encore plus asphyxié en raison de la règle dite du 80/20 : l’État limite à 20 % le nombre d’élèves inscrits dans le privé. Une contrainte forte lorsque l’on sait, comme le montrent les sondages, que 40 % des familles souhaiteraient scolariser leurs enfants dans les écoles sous contrat ; celles-ci doivent globalement refuser une inscription sur deux (et les meilleures davantage que les moins bonnes). Or si ce tabou des 20 % est maintenu et que les écoles musulmanes se multiplient, la part revenant aux écoles catholiques sous contrat sera d’autant plus réduite. Cette crainte explique la réaction des responsables de l''Enseignement catholique et de l’épiscopat face aux menaces qui se profilent.

Denis Sureau

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