Lefebvristes : retour à Rome

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Le pontificat de Benoît XVI est animé par la recherche active de l'unité des chrétiens. Et riche de résultats que n'avaient pu connaître ses prédécesseurs : après la réintégration d'une partie non négligeable d'anglicans (ainsi que de luthériens américains), s'ajoute aujourd'hui la réparation amorcée de la cassure lefebvriste. Le pape allemand sait que les déchirures sont évitables à condition d'être prises en compte le plus tôt possible, afin de casser le processus d'ascension aux extrêmes propre aux rivalités mimétiques, pour user du vocabulaire de René Girard. Et que, comme dans un couple, les torts sont toujours partagés dans les ruptures ecclésiales, comme l'analyse a posteriori de la naissance de la Réforme protestante le montre clairement.

 

Dans le cas de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, l'autoritarisme de Paul VI – dont le refus de la liberté liturgique a été désavoué implicitement par Benoît XVI – a nourri l'exaspération de Mgr Marcel Lefebvre. Ce dernier qui, rappelons-le, avait signé tous les documents de Vatican II, ne demandait, au départ, qu'à « faire l'expérience de la Tradition », s'est progressivement engagé dans une logique d'isolement, considérant son oeuvre comme « la Tradition », comme une nouvelle arche de Noé pour les catholiques du monde entier. Ce sentiment était conforté par l'expansion de son oeuvre : 42 ans après sa fondation, la Fraternité Saint-Pie-X compte six séminaires internationaux établis sur les quatre continents et plus de 550 prêtres et 200 séminaristes impliqués dans de multiples œuvres : tiers-ordres, aumôneries, maisons de retraites spirituelles, écoles primaires et secondaires, enseignement supérieur, résidences pour personnes âgées, dispensaires et missions, œuvres de charité. Le risque devenait alors de s'estimer autosuffisant. Des agences matrimoniales ont été créées pour les fidèles de cette mouvance soucieux de rester entre eux... ainsi que des tribunaux canoniques pour déclarer nuls les mariages le cas échéant. Cependant la situation canonique de la FSSPX restait floue :les mariages célébrés et les confessions entendues par ses prêtres sans pouvoir de juridiction étaient-ils valides ? Les réponses apportées par l’Église - y compris par les dicastères romains - étaient contradictoires. Le refus de la tentation schismatique semble être à l'origine de la volonté de la majorité de la FSSPX de retourner à Rome.

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