Quand François rencontre François

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La rencontre du pape François avec le président François Hollande a été l'occasion d'aborder les questions sensibles, ce qu'espérait éviter le pouvoir. Le pape « utile » est un pape habile.

 

Les bons usages diplomatiques veulent que les nouveaux présidents de la République française se présentent au pontife romain dans les mois qui suivent leur élection. La rencontre du 24 janvier entre le pape et François Hollande fut à cet égard plutôt tardive. Et si, comme l'affirmaient certains journalistes, le « président normal » voulait redorer son blason vis-à-vis des catholiques auprès du « pape utile » (« le pape peut-être utile sur certains sujets », avait-il déclaré maladroitement le 14 janvier), l'objectif n'a pas été atteint. Ici, les images valent mieux que les mots : le pape François d'habitude si souriant a présenté un visage ostensiblement sombre et réprobateur. Face à son visiteur français, il s'est souvenu de ce qu'il disait, lorsqu'il était archevêque de Buenos Aires, sur les politiques « qui s'approchent de moi pour la photo ». Pis encore, contrairement à ce que l’Élysée a désespérément tenté de minimiser après la rencontre, le pape François a bien commencé par aborder des sujets très chauds, comme l'a officiellement confirmé le communiqué du Vatican énumérant « la famille, la bioéthique, le respect des communautés religieuses et la protection des lieux de culte ». Les convergences sur le réchauffement climatique ou n'ont pas suffit à dégeler une rencontre qualifiée par certains observateurs de « glaciale ». Ajoutons que les collaborateurs du pape, Mgr Pietro Parolin, secrétaire d’État, et Mgr Dominique Mamberti, secrétaire pour les relations avec les États, ont à leur tour défendu la position de l’Église sur les dossiers conflictuels (loi sur le mariage homo, avortement, euthanasie...) avant d'échanger sur des thèmes plus consensuels (lutte contre le trafic d'êtres humains, migrants, etc.). Lancée par des jeunes catholiques, la supplique signée par plus de 122 000 personnes demandant au Saint-Père de se faire l'écho du malaise des catholiques de France, a atteint son objectif – même si le le pape n'avait pas besoin de cette lettre ouverte pour connaître les orientations du pouvoir actuel.

 

Si la visite à Rome fut « une occasion ratée pour le chef de l’État », pour reprendre le titre d'un article du vaticaniste Jean-Marie Guénois (Le Figaro, 25-26 janvier), ce fut peut-être parce que François Hollande considérait son interlocuteur comme un chef d’État et non comme le chef de l’Église catholique : il avait présenté la rencontre comme la « visite d'un chef d’État à un chef d’État ». Mais les proches du Saint-Père avaient précisé de leur côté que le Pape François recevrait le président français « comme pasteur et non comme chef d’État ».

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