Autour de la renonciation de Benoît XVI

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La question de la démission d'un pape avait été posée lors des dernières années du pontificat de Jean Paul II. Le vieux pape polonais ne contrôlait plus les décisions (textes, nominations) que prenait la curie à sa place, et dont certaines ne furent pas très heureuses. Certaines choquèrent le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi et il est probable que le choix de Benoît XVI s'explique en grande partie par la volonté d'éviter une pareille évolution.

Au début des années 2000, les avis étaient partagés sur l'opportunité de la démission de Jean Paul II. Certains étaient hostiles, tel cardinal canadien Marc Ouellet (aujourd'hui papabile) avait déclaré : « Avec le grand service qu'il nous a rendu pendant 27 ans, je crois qu'il mérite bien de mourir pape. » D'autres répliquaient, comme le cardinal brésilien Paulo Evaristo Arns : « quand le pape s'absente, c'est la curie romaine qui décide ». Et le cardinal argentin Jorge Mejia, ancien directeur de la bibliothèque du Vatican et ex-compagnon d'études de Karol Wojtyla résumait le débat : « La démission du pape est une chose possible, qui est prévue dans notre Code, et (…) s'il sent que ses forces ne lui suffisent plus pour remplir complètement sa fonction, qui est extrêmement compliquée et pleine de toutes sortes de problèmes, il présentera sa démission devant Dieu ».

Or le même discours avait été tenu dès 2002 par trois cardinaux que la presse italienne regroupe sous l’expression de « parti de la démission » : le belge Godfried Danneels et le hondurien Oscar Andres Rodriguez Maradiaga et surtout... Joseph Ratzinger ! Depuis, ce dernier avait constamment défendu la même position, notamment dans le livre d'entretiens La lumière du monde.

La possibilité d’une renonciation est expressément reconnue par le code de droit canonique en ces termes : « S’il arrive que le Pontife romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui ce soit » (c. 332, § 2). Cet article n’innovait rien : il s’agissait d’une simple reprise du code de droit canonique de 1917 (c. 221). Le terme de renonciation doit être préféré à celui de démission, puisque personne dans l’Eglise militante n’a le pouvoir de l’accepter.

Dans l’histoire de l’Eglise, rares sont les papes ayant renoncé à leur charge. Certains cas sont douteux : saint Martin Ier, Benoît XV. Jean XVIII quitta le siège de Pierre en juin 1009. Selon un vieux catalogue romain, « après cinq ans et demi de règne, il se retira dans le monastère de Saint-Paul-hors-les-Murs, et y finit ses jours sous l’habit religieux. » Dans des circonstances troublées, Sylvestre III regagna en 1044 son évêché de Sabine après quarante jours d’un pouvoir contesté (certains le qualifiant d’antipape). Son successeur Benoît IX abdiqua également avant de remonter, deux ans plus tard, sur le Siège de Pierre jusqu’à ce que l’empereur Henri III l’en chasse de force.

Le cas le plus célèbre et le plus touchant est celui de saint Célestin. En 1294, sur les conseils du roi de Naples, ce saint ermite de près de 85 ans fut élu sous le nom de Célestin V, après une vacance du Saint-Siège de deux ans et trois mois. Brutalement plongé au milieu des complots des politiques voulant utiliser son autorité morale à leurs desseins, il se rendit rapidement compte que le métier de pape ne lui convenait pas. Au bout de cinq mois, il abdiqua devant les cardinaux réunis, exposant simplement les raisons de sa décision : son âge et son incompétence. Avant de retourner à la vie solitaire, il aurait promulgué une constitution sur l'abdication pontificale, dont le texte a été perdu. Il fut canonisé par Clément V, qui le qualifia cependant de « pontife inexpérimenté dans le gouvernement de l’Eglise universelle ».

La validité de cette renonciation fut cependant contestée, si bien que son successeur Boniface VIII a dû approfondir les dimensions juridiques et théologiques de la renonciation. Il déclara solennellement : Après avoir délibéré de cette question avec les cardinaux de la sainte Eglise…nous statuons et décrétons, de par notre autorité apostolique, que le Pontife romain peut librement résigner ses fonctions. Rome a parlé, la cause est entendue.

La démission de Benoît XVI cause une grande émotion dans le peuple chrétien. Malgré sa brièveté, son pontificat aura fortement marqué l'Eglise.

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