Comment vivre dans un monde post-chrétien ? Le pari bénédictin

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Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus ? Cette question, posée par le journaliste américain Rod Dreher, est le titre de l’édition française de son livre (Artège, 372 p.) qui suscite un vif débat outre-atlantique : The Benedict Option. A Strategy for Christians in a Post-Christian Nation.

À la fin de son livre Après la vertu, le philosophe Alasdair MacIntyre proposait la construction de « nouvelles formes locales de communauté où la civilité et la vie intellectuelle et morale pourront être soutenues à travers les ténèbres qui nous entourent déjà ». Il ajoutait : « Nous n’attendons pas Godot, mais un nouveau (et sans doute fort différent) saint Benoît. » Un journaliste, écrivain et père de famille américain a voulu approfondir cette intuition. Rod Dreher, 50 ans, ancien protestant devenu successivement catholique puis orthodoxe, qualifie son projet « contre-culturel » de « pari bénédictin » (Benedict Option). S’inspirant de la Règle de saint Benoît, il veut inciter les chrétiens à mettre leurs pratiques en cohérence avec une foi qui ne peut être rabaissée à un simple « déisme éthico-thérapeutique » sans implications concrètes.

Rod Dreher, Comment être chrétien dans un monde qui ne l'est plus ? Le pari bénédictin (Artège)

Or la règle bénédictine est riche d’orientations (ordre, prière, travail, ascèse, stabilité, communauté, hospitalité, équilibre) qui peuvent être adaptées avec fruit dans le monde séculier : par exemple en développant des réseaux de solidarité entre chrétiens, en protégeant les enfants d’un enseignement séculariste et d’influences perverses (notamment par la création d’écoles indépendantes), en refusant les métiers qui posent des problèmes moraux graves. Dreher met en garde contre la révolution sexuelle et son ultime avatar : une idéologie LGBT de plus en plus oppressive, ainsi que sur l’impact – qui n’est pas moralement neutre – de la technologie, notamment digitale. Plus positivement, le « pari bénédictin » consiste à redécouvrir l’héritage biblique et culturel chrétien et la beauté de la liturgie, à évangéliser par la bonté et la beauté, à accepter l’exil et la possibilité du martyre. La « politique antipolitique » que défendaient les dissidents tchèques Havel et Benda et que Dreher reprend à son compte, consiste à « vivre en vérité », et à développer une « polis parallèle » – non un ghetto façon amish mais des petites communautés poreuses, enracinées dans les familles et les paroisses, capables de rayonner autour d’elles. Dreher a été impressionné par la créativité des catholiques italiens du mouvement Communion et Libération et de sa Compagnie des œuvres qui ont su multiplier les initiatives sociales. Le « retrait stratégique » qu’il prône n’est donc pas un simple repli, mais plutôt un appel au peuple de Dieu pour qu’il retrouve son dynamisme de « minorité créative » (comme disait Benoît XVI). La parution de son essai (facile à lire comme savent faire les Américains) est une bonne nouvelle de cette rentrée !

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