Un confinement de misère

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Les deux confinements ont déjà plongé un million de Français dans la pauvreté. Et la société devient dépressive.

Les effets des deux confinements se révèlent plus graves que les décès directement dus au virus. Les autorités médicales constatent une forte détérioration de la santé mentale des Français : ils seraient 21 % à plonger dans la dépression – un chiffre qui a doublé en deux mois – et 20 % à avoir songé au suicide (25 % des artisans et commerçants, 27 % des chômeurs). Les conséquences proprement économiques des décisions du gouvernement ne sont pas moins désastreuses : 715 000 emplois ont été détruits au seul premier trimestre. Et la misère explose. Comme chaque année, le Secours catholique a publié un rapport sur l’état de la pauvreté en France. L’étude a été réalisée avant la crise sanitaire à partir d’observations sur l’ensemble du territoire de plus de 55 400 situations (sur 1,4 million de personnes accueillies en 2019). Plus de la moitié des ménages accueillis disposent de moins de 9 € par jour de reste pour vivre par personne ; 4 ménages sur 10 sont même dans l’incapacité de couvrir leurs dépenses alimentaires quotidiennes. Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique et Vincent Destival, délégué général, déclarent : « Avec la crise sanitaire, la France a ouvert les yeux sur une réalité qui passe d’ordinaire sous les radars : des familles, des personnes seules, des jeunes ont besoin de l’aide alimentaire pour ne pas avoir faim. À en croire le ministre de la Santé et des Solidarités, en cette fin 2020, 8 millions de personnes ont à subir cette humiliation. 12 % de la population. Huit fois plus que dans les années 1980. Tout le monde semble l’ignorer ou, pire, s’y être accoutumé. Cette situation est une honte dans notre pays riche ! » Selon les derniers chiffres connus (datant de 2018), l’Insee dénombrait quelque 9,3 millions de pauvres (c’est-à-dire disposant de 1063 euros par mois pour une personne seule), soit 14,8 % de la population.

Autre signal révélateur : depuis 2012, le nombre de sans-domicile fixe a doublé. Ils seraient aujourd’hui 300 000, selon la Fondation Abbé Pierre, qui a comptabilisé environ 185 000 personnes en centres d’hébergement, 100 000 dans les lieux d’accueil pour demandeurs d’asile, et 16 000 personnes dans les bidonvilles. S’y ajoutent les sans-abri, difficiles à dénombrer. « Nous craignons qu’une partie bascule dans la très grande précarité », alerte Christophe Robert, délégué général de la Fondation (cf. lejdd.fr du 15/11). 
S’il y a eu une mobilisation pendant le premier confinement pour les personnes sans domicile, la situation est aujourd’hui différente avec « beaucoup d’expulsions de squats et de bidonvilles ces derniers mois… Plus de 9000 places supplémentaires ont déjà été ouvertes. Mais ça reste très tendu. » 

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