Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Découvrir un penseur essentiel : Augustin Cochin est réédité

Publié le

L’édition des œuvres d’Augustin Cochin (1876-1916) permet de redécouvrir un penseur indispensable de la Révolution et du totalitarisme.

« Tocqueville et Cochin sont les seuls historiens à proposer une conceptualisation rigoureuse de la Révolution française » : c’est par cette affirmation vigoureuse que l'historien François Furet ouvrait son essai remarqué Penser la Révolution française, qui éreintait le « catéchisme révolutionnaire ». C’était en 1978. Augustin Cochin fut exhumé après un demi-siècle d’oubli. Ses deux principaux livres furent réédités. Puis il retomba dans le silence – sauf en Italie où ses livres ont été traduits. La publication par un grand éditeur, Tallandier, de ses œuvres presque complètes, offre l’occasion de retrouver non seulement un historien, mais aussi un philosophe soucieux d’élaborer, selon ses propres dires, « une sociologie du phénomène démocratique ».

Si les ouvrages majeurs de Cochin (Les Sociétés de pensée et la démocratie moderne, La Révolution et la libre-pensée) sont de temps à autre réédités, ce n'est le cas ni d'Abstraction révolutionnaire et réalisme catholique (réflexions philosophiques), ni des études sur le protestantisme dans le Midi au XVIIe siècle (publiées il y a un siècle dans des revues savantes), ni de sa correspondance, très vivante, permettant de découvrir sa riche personnalité. C'est l'honneur de Tallandier d'oser faire redécouvrir ces oeuvres oubliées. Dans sa préface, l'historien Patrice Gueniffey souligne leur actualité. A l'origine de ce projet éditorial, Denis Sureau retrace dans son introduction la vie et la postérité de Cochin. 

Augustin Cochin La Machine révolutionnaire Oeuvres Préface de Patrice Gueniffey Introduction de Denis Sureau Tallandier, 688 pages

 

 

Augustin Cochin
La Machine révolutionnaire
Oeuvres

Préface de Patrice Gueniffey
Introduction et notes de Denis Sureau
Tallandier, 688 pages

29,90 €

Partager cet article

Repost0

Risquer la bioéthique à la lumière de la fraternité et du Ressuscité

Publié le

Une chronique du Père Bernard Devert, président-fondateur d'Habitat et Humanisme :


En cette veille de la Pâque du Seigneur qui fait de la vie non pas un linceul mais un berceau, se propose à notre réflexion la déclaration des Evêques de France sur la question de la fin de vie.

Aucune trace de moralisation dans cet appel. Le bien commun qu’est la fraternité est élevé comme une des clés d’ouverture sur une question créatrice de malentendus, de ruptures, mettant à mal le corps social alors que certains de ses membres sont confrontés à des souffrances qui détruisent. 

Aussi, cet appel est-il accompagné d’une reconnaissance chaleureuse à l’égard des soignants.

La fraternité n’est pas une simple compassion, mais un engagement passionné que Dieu, Lui-même, ne déserte pas. L’Homme de Nazareth ne donne-t-il pas sa vie parce qu’Il croit en l’homme. Sa confiance est désarmante. Quand la question est posée au peuple qui l’acclamait, puis quelques heures plus tard l’accablait, les sondages sont sans aucune méprise : Qu’Il soit mis à mort. 

Jésus prend une distance par rapport à ces vociférations pour ne point enfermer l’homme dans sa finitude, anticipant ainsi l’évènement silencieux et décisif du matin de Pâques : le tombeau est vide. La mort est morte. Incroyable nouvelle. Tout alors est bouleversé.

Christ ne reste pas dans la mort ; Il la traverse. 

Cette traversée, quand elle nous touche, conduit à être d’ardents défenseurs de la vie. Comment le devenir sans prendre un peu de distance, sans fuir, pour ne point laisser dans la solitude ceux dont la souffrance est telle qu’il leur semble qu’il n’y a plus d’espace, sauf celui de mourir. 

Une aide, une fraternité, doit être apportée, non pas tant à la mort qu’à la vie. « La proximité absolue est dans la distance infinie », suivant l’expression si juste de Kierkegaard. 

Cette distance n’est-elle pas la condition pour ne point sombrer, se noyer dans le drame, aux fins d’entrer dans une proximité, celle-là même d’une humanité qui jamais ne s’exprime mieux que dans la fraternité.

La Résurrection relève de cette ouverture.

Les disciples d’Emmaüs, aux côtés du Ressuscité, vivront cette expérience spirituelle et par là-même profondément humaine. Au moment où ils Le reconnaissent sur leur chemin, Il disparaît à leurs regards, voyant désormais différemment pour saisir que l’essentiel ne se prouve pas mais s’éprouve. 

Là encore, une distance infinie avec ce qu’ils espéraient. Ces deux frères en humanité témoigneront de leur proximité avec le Ressuscité dans un étonnement émerveillé : « notre cœur n’était-il pas tout brûlant lorsqu’Il nous parlait ».

L’accompagnement de la fin de vie est une libération de la mémoire pour que ce qui a détruit la relation ne survive pas. Aumônier à l’hôpital, il me souvient de cet homme, en phase terminale d’un cancer, qui me demande comment il pourrait bénéficier d’une assistance pour mourir. 

Pour avoir placé sur l’un des murs de sa chambre de nombreuses photos des membres de sa famille ; je l’invite à me présenter ce que chacun représente dans sa vie. Il s’arrête alors sur celle d’un de ses fils, me disant sa souffrance pour être avec lui dans un grave conflit toujours ouvert. 

Le lendemain, alors que j’arrive à l’hôpital, un jeune m’interpelle vivement. Je devine que la mort de son père, annoncée par l’oncologue, le met dans un abîme infranchissable, ne sachant comment, faute de temps, une réconciliation peut s’opérer.


Il m’autorise à informer son père de sa présence à l’hôpital. Mon fils est là, me dit-il, heureusement surpris. Ce n’est pas possible ; qu’il vienne, je l’attends. Plus encore, il l’espérait. 

Il n’est plus question pour cet homme de demander la fin de sa vie. Il partira dans la paix, offrant aux siens un avenir pacifié, puis-je dire transfiguré, dans ce passage d’une distance infinie, se révélant une proximité absolue.

Pâques, c’est aussi cela. 


 

Partager cet article

Repost0

Au sommaire du numéro 356

Publié le

Le 356e numéro de la lettre Chrétiens dans la Cité est paru.

Pour la lire, abonnez-vous pour seulement 30 € !

Au sommaire

ANALYSE : Les résultats de la première enquête générale sur la générosité des Français.

AGENDA

LES HOMMES : Jean-Marie Le Vert - Cédric Kahn

ACTU : Des dirigeants chrétiens euphoriques - Les 70 ans de l'Amitié judéo-chrétienne de France - Des élus provençaux à la découverte du Vatican - Enjeux bioéthiques: le diocèse de Paris se mobilise - Evangéliser les musulmans - Ploërmel: le diocèse rachète la statue de saint Jean Paul II - Recherche écoutantes - Bové contre la GPA - Les aides à la presse - Saint-Pierre-et-Miquelon

LECTURES : Comment notre monde a cessé d'être chrétien, de Guillaume Cuchet

INITIATIVES : la Fniasic

Partager cet article

Repost0

La Prière : un film magnifique et bien inspiré

Publié le

Dans le Trièves, superbe territoire dans le sud de l'Isère, une communauté catholique aide les toxicomanes à sortir de l'enfer grâce à la prière et au travail.

Sorti le 21 mars dans les salles obscures, 
La prière est un beau film chrétien réalisé par un réalisateur qui se dit pourtant agnostique, Cédric Kahn. Talent du jeune acteur principal (Anthony Bajon, 23 ans, une révélation), justesse du ton, beauté des sentiments, profondeur spirituelle, rien ne manque à cette histoire d'un jeune drogué qui sauve sa vie et son âme.

Le récit est inspiré notamment  de l'expérience des communautés Cenacolo par une religieuse, Sœur Elvira, qui compte en France 3 fraternités pour les hommes : 1 à Lourdes, 1 près de Lille et  1 près de Lyon, et 
2 pour les femmes : près de Lourdes.

Partager cet article

Repost0

Radical Orthodoxy aux Bernardins

Publié le

A l'occasion de la sortie du livre La Politique de la Vertu (Desclée De Brouwer, 540 pages, 22 €), de John Milbank et Adrian Pabst, deux figures majeures du courant Radical Orthodoxy, une présentation suivie d'une discussion aura lieu le mercredi 4 avril 2018, 17h30 à 19h30, au Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy, 75005 Paris.

Intervenants: 
Antoine Arjakovsky, co-directeur du département Politique et religions, Collège des Bernardins
John Milbank, Professeur émérite de Religion, Politique and Ethique, University of Nottingham
Adrian Pabst, Professeur de Philosophie Politique, University of Kent
Régis Passerieux, Secrétaire général, Refondation

 

Partager cet article

Repost0

Dom Gérard : la biographie de référence

Publié le

Dom Gérard Calvet (1927-2008), fondateur du monastère Sainte-Madeleine, aujourd'hui au Barroux (Vaucluse), est une figure originale de moine bénédictin qui fut, par attachement à la liturgie traditionnelle, un temps rebelle aux autorités ecclésiales avant de refuser les sacres schismatiques de Mgr Lefebvre et de se réconcilier avec Rome en 1988.

L'historien Yves Chiron, avec son sérieux habituel, retrace ce parcours atypique dans une importante biographie richement documentée : Dom Gérard. Tourné vers le Seigneur (Éditions Sainte-Madeleine, 
688 pages, 29 €). 

Partager cet article

Repost0

Initiatives Laudato Si'

Publié le

Créé par les jésuites du Ceras en partenariat avec l’Association Georges Hourdin, le prix Initiatives Laudato si' récompense des projets chrétiens « pour rendre le monde plus juste et

Le Dorothy

vivable pour tous ». Trois prix ont été remis cette année :

  • Le prix du jury (doté de 2000 €) a été remis à Carton Plein, qui accompagne l’inclusion sociale et professionnelle des personnes les plus éloignées du travail au travers de l’activité de recyclage de cartons, de livraisons, collectes et déménagements à vélo.
  • Le premier prix du public (600 €) a été décerné à Philosophie Permaculture, qui crée en famille une ferme philosophique au cœur du parc national des Cévennes.
  • Le second prix du public (400 €) a récompensé le café-atelier Le Dorothy, espace de vie, de réflexion et de travail manuel porté par des chrétiens et ouvert à tous dans le quartier parisien de Ménilmontant (85 rue de Ménilmontant, Paris 20e.)

Partager cet article

Repost0

Académie pour une écologie intégrale

Publié le

L’Académie pour une écologie intégrale vient d’être fondée par les frères de Saint-Jean qui animent le sanctuaire marial de Notre-Dame du Chêne, situé à Vion (près de Sablé-sur-Sarthe),

pour répondre à l’appel du pape François dans son encyclique Laudato si'. Elle est affiliée à l’École Saint-Jean, institut supérieur de formation philosophique et théologique dont le siège est à Rimont (Saône-et-Loire). Ses objectifs sont de donner une formation pluridisciplinaire selon tous les niveaux de l’écologie intégrale, d’inviter à entrer dans une démarche concrète de transition écologique, en offrant un espace d’accueil pour la recherche, la formation, et les échanges, et de développer sur le domaine du sanctuaire une production maraîchère et arboricole selon les principes de la permaculture.
Du 13 au 15 avril, un colloque sur les Nouvelles attentes écologiques officialisera le lancement des activités de l’Académie.

Partager cet article

Repost0

Une politique antipolitique

Publié le

Un chrétien peut-il ne pas faire de politique ? Un débat s'est engagé autour du « pari bénédictin » de Rod Dreher.

Le livre du journaliste américain Rod Dreher Comment être chrétien dans un monde qui ne l'est plus. Le pari bénédictin  est en train de remporter en France un succès équivalant à celui qu'il a eu aux États-Unis. Le « pari bénédictin » (Benedict Option) qu'il défend est parfois perçu comme un « repli communautariste », ce que Dreher, lors de son séjour en France début février, a pourtant démenti. Un autre reproche lui a été adressé, celui d'oublier le rôle médiateur du politique dans la poursuite du bien commun. Or il consacre un chapitre entier de son essai, intitulé Une nouvelle forme de politique chrétienne, à proposer « une politique antipolitique ». Que signifie cet oxymore ?

Václav Benda, La polis parallèle, DDB 2014
Václav Benda, La polis parallèle, DDB 2014

Dreher prend acte de l'échec des chrétiens actifs dans le jeu politique américain. Les combats des conservateurs pour la vie, la famille et la liberté religieuse ont été globalement vains. Pourtant ils « ne peuvent pas déserter l'espace public », et ils peuvent continuer à y être présents en privilégiant l'engagement local, visant des objectifs atteignables, formant sérieusement les jeunes, constituant des alliances entre chrétiens et non-chrétiens... Mais au-delà de ces modes d'action classiques, il propose de s'inspirer de la « politique antipolitique » développée par le dissident tchèque Václav Havel (cf. Le Pouvoir des sans-pouvoir, 1978). Pour « vivre en vérité »,  écrivait le futur président de la Tchéquie postcommuniste, commençons par agir autrement que ceux qui, « vivant dans le mensonge », collaborent au système. Comment faire ? En créant et soutenant des « structures parallèles » : le concept de « polis parallèle » a été pensé par un autre dissident, Václav Benda. Cette cité alternative n'est pas une forteresse retranchée derrière ses murs mais un ensemble de structures de vertu poreuses, tels que des cours clandestins dispensés par un professeur chassé de l'université. Il s'agit de rétablir « des pratiques et institutions communes à même d'inverser les processus d'isolement et de fragmentation de la société contemporaine ». Cessons, dit Dreher, de croire que « c'est la politique qui résoudra les problèmes religieux et culturels ». Et de conclure : « nous sommes devenus une minorité. Soyons donc une minorité créative. Proposons des solutions vivantes, chaleureuses et joyeuses à ce monde mourant... Peut-être faut-il justement que l’Église perde son pouvoir politique pour sauver son âme. »   

 

Partager cet article

Repost0