Vendredi Saint (Jn 18,1-19,42) par le Père Bernard Devert

Publié le

Une méditation du Père Bernard Devert, fondateur de Habitat & Humanisme.

Les soldats s’emparèrent de Jésus et l’enchaînèrent, tenant enfin celui qui ne retient aucune de nos fautes. De quoi est-il coupable ? Serait-ce de proposer une vie de plénitude, chemin d’un exode débusquant les exils.

Demeure la question sur l’inouï de cette violence qui lui fut infligée. Il ne suffisait pas de le faire taire, encore fallait-il le faire disparaître pour ne plus entendre l’homme, radicalement libre, mettant en exergue nos captivités et nos illusions de puissances.

A la liberté christique, s’opposent les petits bonheurs, faits de quiétude au prix de l’indifférence et de l’iniquité jusqu’à suggérer qu’un seul homme meure pour tout le peuple. L’obscurité de la conscience atteint son paroxysme.

Une main s’est tendue dans l’histoire, celle-là même du Fils de Dieu, mais pour tenir à nos histoires qui ferment les mains, les poings se sont levés mettant à mort l’auteur de la vie.

A mort, celui qui a osé mettre le doigt sur nos enfermements, la communauté des religieux n’était pas la dernière pour la demander.

A mort, vociféraient ceux qui pour lire l’Ecriture sans l’habiter savaient, suivant le psaume 30, que pour tenir dans la main de Dieu, ils le tenaient à leur merci. Les mains ont « cogné ».

Nos représentations sur le jugement sont fausses, c’est l’homme qui juge Dieu, et non pas l’inverse, jusqu’à le condamner. Il meurt par ceux qui ne l’aiment pas et ne s’aiment pas, d’où la prière du Fils à son Père : « pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Si Dieu est violenté, menacé, crucifié, il n’est jamais menaçant mais toujours menacé par ceux à qui il donne la vie.

Aimer, c’est donner, se donner. Dieu donne et pardonne au-delà même de l’imaginable, mais quand éprouverons-nous une responsabilité à l’égard de la vie même de Dieu. Ne serait-ce pas naître à notre humanité que de reconnaître notre responsabilité à l’égard de l’autre et du Tout Autre.

Au cours du procès la question de la vérité est posée, mais aucun ne s’y attarde. Dans l’inconscience partagée, la réponse sera de l’ordre de la fuite, ajoutant à ce drame celui de le dédramatiser.

Le Fils de Dieu meurt. Les bourreaux seront alors les premiers à exprimer une parole annonciatrice d’un tremblement. La vie habitée par l’amour traverse la mort : une espérance s’éveille.

Bernard Devert

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article