Petite théologie du juste vote

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Jusqu'à quel point peut-on appliquer le principe du moindre mal au vote ? État de la question.

 Lors des précédentes élections présidentielles de 2007, des débats nourris avaient permis de dégager deux grandes options morales concernant le vote des chrétiens. La première revient à appliquer la règle du moindre mal ou, plus précisément, celle de la coopération matérielle éloignée au mal permise en vertu de raisons proportionnées : voter pour un candidat représentant le meilleur possibleafin d'éviter que soit élu un candidat plus mauvais. Cette option avait été défendue en 2004 par le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Parmi plusieurs questions posées par les évêques américains, il avait répondu à l'une d'entre elles concernant le vote : « Quant un catholique ne partage pas la position d'un candidat en faveur de l'avortement et/ou de l'euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d'autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée, permise en vertu de raisons proportionnées. » (Documentation catholique, 17/10/2004, n°2322).

La seconde option légitime le vote blanc ou l'abstention lorsque le candidat moins mauvais est décidément trop mauvais, lorsqu'il a dépassé les limites au-delà desquelles il n'y a plus de meilleur possible et que les raisons de voter pour lui ne sont pas proportionnées. La controverse avait tourné en 2007 autour de l'interprétation des « exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer » (évoquées pour la première fois en 2002 dans la note du cardinal Ratzinger sur le comportement des catholiques dans la vie publique), et parmi elles trois « principes qui ne sont pas négociables » énoncés dans un discours de Benoît XVI le 30 mars 2006 aux participants d'un congrès du Parti populaire européen : « la protection de la vie à toutes ses étapes », la reconnaissance du mariage hétérosexuel et « la protection du droit des parents d'éduquer ses enfants ». Pour le P. Jean-Miguel Garrigues, théologien dominicain, il n'est permis de voter pour un candidat mauvais que s'il propose d'atténuer le mal provoqué par la législation existante (par exemple l'avortement) et si, bien évidemment, son programme ne comprend pas par ailleurs d'autres transgressions. Notons ici que les « exigences éthiques fondamentales » de la note Ratzinger de 2002 sont plus larges que les trois points de 2006 et englobent les questions économiques.

L'électeur chrétien est ainsi invité à un délicat discernement.

 

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