Leçons post-électorales

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La campagne des présidentielles a été marquée par un engagement fort des catholiques. Analyse.

 

1 La droitisation de l'électorat catholique. Toutes les enquêtes réalisées confirment une tendance lourde : il y a bien un « vote catho » dans la mesure où la pratique religieuse est un élément déterminant du choix et s'accompagne globalement du vote à droite. Après le premier tour, un sondage Ifop/Famille chrétienne/Afsp indiquait que 45% des catholiques pratiquants auraient voté Nicolas Sarkozy (contre 27% pour l'ensemble des Français), 17% François Hollande (contre 28,6) et 13% François Bayrou (contre 6%). Au second tour, ils auraient voté à 79% pour Sarkozy (sondage Harris/La Vie) et pour 40% d'entre eux, les propositions du candidat socialiste sur l'euthanasie et le mariage homosexuel auraient fortement pesé dans la balance. On notera qu'un autre sondage Ifop/Pèlerin confirme cette orientation mais dans une proportion nettement moins importante (66% des pratiquants réguliers pour Sarkozy). Ces enquêtes n'apportent pas d'indications sur la proportion de votes blancs ou d'abstentions « motivées » au second tour, alors que ce dernier a été marqué par un nombre exceptionnellement élevé de votes blancs ou nuls (5,8%, soit plus de 2,1 millions d'électeurs). On notera aussi que les deux millions d'électeurs musulmans auraient voté à 93% en faveur de François Hollande (étude OpinionWay/Fiducial pour Le Figaro).

 

2La tentation du vote Front national. Si jusqu'à présent les catholiques pratiquants votaient moins Front national que les autres, la tendance s'atténue avec 15% de votes Marine Le Pen contre 18% pour l'ensemble des Français - or en 2007 l'écart était beaucoup grand : 5% de votes Jean-Marie Le Pen contre 15% pour l'ensemble des Français. Plus encore, la tendance s'inverse même les plus jeunes : 27% des catholiques pratiquants de moins de 35 ans auraient voté pour Marine Le Pen (sondage Ifop/Famille chrétienne/Afsp). Tandis que les catholiques seniors auraient voté beaucoup moins pour elle. Le discours épiscopal vis-à-vis du Front national a également évolué. Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre et président du Conseil famille et société de la Conférence des évêques de France, explique : « Il y a une distance critique à manifester vis-à-vis de l’ensemble des programmes, et pas seulement pour le Front National. En ce qui concerne ce dernier, certaines positions relatives à l’accueil des étrangers sont inacceptables.Mais pour chaque parti politique, il est possible de souligner tel ou tel point face auquel les chrétiens ne se sentent pas à l’aise : on parle à ce sujet de ''points non négociables''. (…) C’est vrai, qu’auparavant, l’Église avait davantage à tancer telle ou telle formation politique. Nous ne nous situons pas sur ce terrain-là. Nous faisons appel à la liberté de conscience et à l’esprit critique. » (La Croix, 25/4)


3 Une forte mobilisation des catholiques militants contre François Hollande. Plus encore que lors des élections précédentes, de nombreuses composantes du catholicisme français se sont ouvertement déclaré en faveur d'un vote de rejet du candidat socialiste dont le programme contenait des propositions sociétales inacceptables. C'est notamment le cas des deux grands mouvements pour la vie (Alliance Vita, Laissez-les-vivre...), des Associations familiales catholiques ou de la mouvance conservatrice libérale (Fondation de service politique, Audace 2012...). Les voix discordantes (vote blanc, abstention, vote Hollande...) ont été inaudibles.


4 Le retrait relatif de l'épiscopat. Les évêques français ont été tiraillés entre d'une part leur inquiétude face aux éléments éthiquement discutables du programme Hollande et d'autre part leur souci de ne pas intervenir directement dans le jeu politique. Quelques-uns ont cependant implicitement donné des consignes de vote (Mgr Maurice de Germiny, Mgr Marc Aillet...), ainsi que le P. Matthieu Rougé, « l'aumônier des parlementaires ». Au lendemain de l'élection, Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France, déclarait :« l’Église doit conserver la liberté de dire ce qu'elle rejette, même si cela doit l'amener à s'opposer à la nouvelle majorité : ce n'est pas parce qu'une opinion est majoritaire qu'elle est bonne pour l'homme » (La Croix, 9/5).


5 Le désarroi des chrétiens de gauche. Interrogé par le magazine La Vie, Jérôme Vignon, président des Semaines sociales, remarque : « Cela fait plusieurs années que nous constatons une différenciation politique entre un noyau des catholiques pratiquants et le message progressiste que portent les Semaines sociales. (…) aujourd'hui, on nous traite parfois en hurluberlus coupés des réalités. C'est dommage. » A son tour, François Soulage, président du Secours catholique (et membre du Parti socialiste, ancien conseiller municipal de Nanterre), interrogé par le même hebdomadaire sur le fort vote sarkozyste des catholiques pratiquants, déclare : «  79%, c'est beaucoup ! Cela veut dire, si l'on fait un calcul, que les catholiques qui ont voté Le Pen au premier tour ont voté Sarkozy au deuxième. Concernant l'immigration, il me semble que la masse des catholiques n'a pas entendu le discours de leurs évêques. (…) J'ai moi même voté pour François Hollande et hier, j'étais avec des amis prêtres et nous avons fêté ensemble la victoire. Mais très vite, nous nous sommes dit qu'il allait falloir mobiliser et se battre sur ces questions. (…) Il y a eu un certain clivage. J'ai ressenti une poussée à gauche au Secours catholique. Les bénévoles qui travaillent avec les migrants n'en pouvaient plus du discours d'exclusion de Sarkozy. Il a été parfois difficile de discuter avec certains catholiques. J'aurais préféré que les évêques parlent plus. Ils n'ont pas assez tenu compte du débat parmi les catholiques. Nous manquons d'une parole forte. »

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