Faut-il sauver le mariage civil ?

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Le blog catholique Le Salon Beige publie une intéressante analyse d'un ancien juge aux affaires familiales, suivie d'un abondant débat :

"La récente victoire de F. Hollande comme président de la République ayant ouvert la perspective d’une prochaine adoption, en France, du mariage homosexuel, les réactions ne se sont pas fait attendre, particulièrement dans le monde catholique, pour s’opposer  à une telle réforme et défendre le mariage civil dans sa conception traditionnelle.

Pourtant, cette défense du mariage civil, même motivée par les meilleures intentions, me paraît constituer à la fois un contresens historique, un illogisme canonique et une erreur pastorale.
 
D’abord un contresens historique. Faut-il en effet rappeler que le mariage civil a été institué par une loi du 20 septembre 1792 contre le mariage religieux, en particulier contre le mariage catholique, et avait pour ambition explicite de remplacer celui-ci. Il est donc piquant de voir les catholiques les plus attachés aux principes et à la morale de leur religion se présenter comme les défenseurs les plus sourcilleux d’une institution mise en place pour mettre à bas l’influence du catholicisme en France.
 
Ensuite un illogisme canonique. Pourquoi, en effet, se préoccuper d’un mariage – le mariage civil – qui n’est pas celui des catholiques ?  Là encore, il importe de souligner que, pour les catholiques, le seul mariage valide est le mariage canonique, et la conclusion d’un mariage civil n’a, à ses yeux, pas plus d’effets que ne l’a la conclusion d’un mariage religieux aux yeux de l’Etat, c’est-à-dire aucun. On pourrait objecter que, traditionnellement, l’Eglise demande à ses fidèles de contracter une union civile. Mais elle le fait, d’une part parce que le mariage civil a longtemps été le seul moyen d’acquérir, pour les époux et les enfants du couple, des droits familiaux et patrimoniaux dont les concubins étaient largement dépourvus, d’autre part et surtout, parce que, encore aujourd’hui, le ministre du culte qui procède à un mariage religieux sans que ne luit ait été justifié l’acte de mariage civil encourt une peine d’emprisonnement de six mois ainsi qu’une forte amende !
 
Enfin une erreur pastorale. On ne peut, en effet, constamment demander aux catholiques de défendre le mariage civil et, dans le même temps, déplorer que ces derniers prennent au sérieux tous les aspects de ce mariage, en particulier la possibilité de le dissoudre. Ici réside sans doute une des causes essentielles de la « mentalité divorcialiste » que déplore si souvent le Pape, et en vertu de laquelle de nombreux catholiques, dès lors qu’un juge civil a prononcé leur divorce, sont persuadés que le lien conjugal qui les unit à leur conjoint est dissous et qu’ils peuvent conclure un nouveau mariage.
 
Par conséquent, pourquoi voler au secours d’une institution qui contribue à la ruine du mariage chrétien ? Pourquoi lier le destin des catholiques au mariage civil qui a été créé, nous l’avons dit, avec l’objectif explicite de remplacer, dans les mentalités, le mariage chrétien ? Ne faudrait-il pas, au contraire, refuser les fourches caudines du mariage civil et s’abstenir de passer devant Monsieur le maire ?
 
Aucun argument contre une telle « objection de conscience » n’apparaît décisif. En particulier, la disposition du code pénal qui interdit au ministre du culte de procéder à un mariage religieux sans que le mariage civil n’ait été préalablement contracté, n’est pas seulement contraire à la liberté de l’Eglise(en quoi faudrait-il que cette dernière, pour délivrer un sacrement, ait besoin d’une autorisation de l’Etat ?), mais elle serait sans doute sanctionnée par la cour européenne des droits de l’homme si elle venait à y être déférée, et ce au nom du principe de laïcité. Du reste, l’Autriche puis l’Allemagne, pour ce motif, ont abrogé récemment une pareille disposition. Enfin, la raison traditionnelle pour laquelle l’Eglise demandait à ses fidèles de se marier civilement – le bénéfice des droits familiaux et patrimoniaux qu’entraîne la célébration d’un mariage civil- est devenue largement caduque … avec l’adoption du pacs.
 
Je pense donc que, au lieu de perdre inutilement du temps à se battre contre un mariage homosexuel qui, selon toute probabilité, sera adopté, il serait préférable de choisir une autre stratégie, plus offensive, consistant à exiger du législateur qu’il lève l’obligation faite aux époux catholiques de se marier civilement avant toute union religieuse".


 

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Thibault 31/05/2012 15:31


- pour les catholiques, passer seulement chez Mr le Curé, et non plus chez Mr le Maire serait beaucoup logique; l'idéal serait même que le mariage religieux ait une reconnaissance civile.


- mais pour les hatés ? le "mariage naturel" ne serait-il pas un moidre mal (s'il y a effectivement une réconnaissance qu'il s'agit d'un engagement entre un homme et une femme impliquant
fidélité, ouverture à la vie et indissolubilité)

Pierre 23/05/2012 13:45


Le raisonnement de ce magistrat est inexact sur deux points au moins :


- le mariage civil entre deux non baptisés est un mariage naturel et est reconnu comme tel par l'Eglise catholique (sous réserve qu'il s'agit du premier mariage).


- le mariage civil entre deux baptisés catholique ayant bénéficié de la dispense de la forme canonique est un mariage... valide et sacramentel.


Ces deux exemples illustrent l'intérêt que l'Eglise peut et doit porter au mariage civil. Car il en va de la sécurité juridique reconnu, surtout, aux unions contractées hors de l'Eglise
catholique.


Certes, il serait souhaitable que le mariage religieux soit reconnu au même titre que le mariage civil comme cela existe dans certaines législations européennes de type concordataire. En l'état
actuel, il faut résonner sur ce qui est réel et réaliste. On peut toujours imaginer une évolution de la législation future. Concrètement, ce n'est pas le cas.


Autant alors corriger ce qui est insuffisant. Dresser des ambitions utopiques ravit les âmes rêveuses mais ne règle aucun problème actuel. Défendre le mariage civil traditionnel, c'est donc
défendre, a minima, le mariage naturel. Ce n'est pas tout, mais c'est un point de départ.