Moindre mal ou non négociable?

Publié le par Denis Sureau

DANS UN DISCOURS du 30 mars 2006 aux participants d’un congrès du Parti populaire européen, Benoît XVI avait résumé sa conviction fois sur les « principes non négociables » en politique. Le Pape rappelait que l'Eglise, dans ses interventions publiques, accorde
« volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables. Parmi ceux-ci, les principes suivants apparaissent aujourd'hui de manière claire:

la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle;

la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille - comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage - et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d'union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable;

la protection du droit des parents d'éduquer leurs enfants. »

CETTE INTERVENTION A été confirmée depuis par de nombreux autres discours qui s’inscrivent tous dans le droit fil de la Note doctrinale de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique. Ce document publié en novembre 2002 fait l’objet, dans le contexte actuel français, d’exégèses variées, certaines tentant d’en atténuer les exigences. Au non de conceptions gauchies de la règle du « moindre mal » ou de la politique comme « art du meilleur possible », certains s’emploient à gommer le caractère « non négociable » des principes rappelés inlassablement par le Pape.

 
AU MILIEU DU vacarme des déclarations qui se multiplient pour aider les chrétiens à « bien voter » sur fond de relativisme (cf. l’éditorial de La Croix du 28 mars : « A chacun, sa hiérarchie de priorités, en conscience. »), le Pape témoigne au plus haut point de sa mission lorsqu’il fixe les limites au-delà desquelles il n’y a plus ni moindre mal, ni meilleur possible, ni priorités personnelles, ni options libres, ni vote utile. Comme le notait dernièrement le père Garrigues (Famille chrétienne, n°1519), le moindre mal n’est acceptable que « dans une dynamique de redressement éthique par rapport à la situation présente ». Au second tour des présidentielles, « les catholiques risquent de se trouver devant des exigences éthiques aux conséquences redoutables ».

Publié dans chretiensdanslacite

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