Quand la théologie relève la tête

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Le P. Marcel Neusch, dans le quotidien La Croix du 5 mars 2009 publie une recension du livre de Denis Sureau, Pour une nouvelle théologie politique :

Quand la théologie relève la tête



Depuis sa naissance en 1990, le courant théologique occidental d'une "Radical Orthodoxy", dont John Milbank est la figure centrale, gagne du terrain

En 1990, un jeune théologien britannique de 38 ans, John Milbank, ancien élève de Rowan Williams (devenu depuis archevêque de Cantorbéry), faisait paraître un livre qui mit les esprits en ébullition dans le monde universitaire anglo-saxon. Le livre s'intitulait Théologie et théorie sociale. Par-delà toute raison séculière. L'ennemi était clairement désigné : le séculier (secular), auquel la théologie aurait eu tort de vouloir s'ajuster. L'ambition du projet était elle aussi nettement affichée : reconstruire une vie sociale d'amitié et de paix à partir des ressources de la tradition chrétienne, sans compromission avec ce monde séculier.

Ce courant allait recevoir son nom de baptême en 1997, dans un manifeste rédigé par de jeunes universitaires où se retrouvent anglicans, protestants et catholiques. Il s'appellera désormais «Radical Orthodoxy». La première thèse de ce manifeste donne le ton : «Radical Orthodoxy rejette comme sophistique toute célébration théologique de la sécularisation.» La deuxième thèse, également provocante, entend tourner le dos à la majeure partie de la théologie du XXe siècle, déclarée coupable d'avoir «simplement embrassé les tendances séculières». Et ainsi de suite.

Comment relever le défi de la sécularisation ? Une rupture s'impose. Le programme de la Radical Orthodoxy, écrit Denis Sureau, est à l'opposé des théologies qui pensaient pouvoir «s'appuyer sur la modernité et ses avatars pour repenser la foi et la rendre aimable voire accommodante vis-à-vis du consensus libéral». Il s'agit au contraire de soumettre ce monde malade à une critique «radicale» d'ordre théologique, et de penser l'ordre naturel, l'homme et la société, à partir de l'ordre surnaturel - autrement dit, à partir de la révélation - avec les ressources propres de la foi.

Comme on le voit, la Radical Orthodoxy ne se tient nullement à l'écart du monde moderne. Elle cherche au contraire à envahir tous les domaines afin de les juger à l'aune de la théologie. Elle puise à de multiples sources : la Bible et la Tradition en priorité, mais aussi Platon, Aristote, surtout saint Thomas et saint Augustin. Certains se réclament même d'un «thomisme augustinien post-moderne». Henri de Lubac et Hans Urs von Balthasar ont leur faveur. Il s'agit de retrouver une unité articulée entre foi et raison. Seule la foi leur paraît capable de sauver la raison.

Relativement ignorée en France, la Radical Orthodoxy semble vouloir y rattraper son retard. Si son noyau dur est nettement visible, les contours sont plus difficiles à cerner. L'essai de Denis Sureau, le premier à offrir un panorama d'ensemble de ce courant, en présente les principaux thèmes et les figures les plus représentatives. On n'a sans doute pas fini d'en parler. C'est une théologie sans complexes. Face à un monde moderne malade de la sécularisation, elle entend relever fièrement la tête. On peut juger la riposte audacieuse, mais aussi un peu courte.
MARCEL NEUSCH


 

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piekut 14/03/2009 10:19

Bonjour,Merci pour votre article dans la Croix;Grace à vous je un regard, qui permet réflèchire, s'arreter sur la route de moutonneris - "du consensus liberal". Et grand bravo à Dénis Sureau; je veux me coller à son livre