Le jour d’après

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Une chronique du Père Bernard Devert, président-fondateur d'Habitat & Humanisme :

L’attente du jour d’après est chargée d’un immense espoir, demain pourrait ne pas être comme avant. 

Le ciel n’est pas accusé de nos malheurs ; notre humanité n’aurait-elle pas gagné en maturité, reconnaissant que la cause de la crise sanitaire qui touche le monde relève de sa responsabilité, liée à une volonté de puissance caractérisée par un toujours plus, sans limite aucune. 

La jouissance est peut-être donnée à ceux qui participent à cette course folle, le bonheur en est absent ; les addictions sont trompeuses des vraies soifs.

Ne nous berçons pas d’illusions, ce plus est tellement ancré dans les habitudes qu’il tentera de revenir au galop. En ce moment de veille et de réflexion, interrogeons-nous sur le confinement à mettre en œuvre pour que ce tsunami sanitaire ne revienne pas. La réponse n’est pas seulement médicale, elle relève d’une prise de conscience de la Société. Assez d’user et d’abuser de la nature, des hommes, pour des objectifs quantitatifs qui finalement se retrouvent dans quelques mains. Et les autres …

Les masques ont manqué au début de cette crise pour se protéger mais, le jour d’après, il faudra avancer sans se masquer la vérité. 

Il est bien des raisons de penser qu’un regard libéré peut surgir. Le confinement auquel nous assistons conforte l’idée que la vie a prévalu sur la bourse et ce, quoi qu’il en coûte, pour reprendre les mots justes du Président de la République.

Les milliards, puis les trillards déferlent. L’urgence est de respecter la vie. La Société progresse dans l’aventure de l’éthique. Les soignants et les chercheurs sont désormais les premiers de cordée. L’exemplarité de leur engagement n’est pas étrangère à une solidarité qui nous tire tous vers le haut. 

Camus dans La Peste dit que dans chacun de nous, il y a plus d'admirable que de méprisable. Que de raisons de s’émerveiller ! « la peur était dans la ville » ; le cloisonnement provoque un changement d’habitude chez les habitants pris de panique. Les gens se renferment et perdent goût dans la vie. 

Que voyons-nous aujourd’hui dans nos villes, des signes d’humanité, de solidarité. A 20h, le rendez-vous est aux fenêtres, aux balcons. La vie, mieux prise en compte pour en percevoir la fragilité, fait naître cette interrogation riche de promesses : et après ?

La question est là ; que voulons-nous vivre d’essentiel ?

Cette crise peut être considérée comme une parenthèse. Alors, nous repartirions comme avant, aiguisés et aiguillés par la crise financière si considérable qu’elle peut occulter le diagnostic actuellement posé : une fièvre du corps social, signe qu’il faut changer. 

Le corps hurle : cela suffit !

La crise révèle que les iniquités sont si graves qu’elles fracturent tout, mettant sens dessus dessous la question du sens. Regardons le confinement vécu par ceux qui bénéficient de l’espace et d’un confort et ceux qui le vivent dans des machines à loger ; le monde n’est pas le même.

Les plus fragiles n’ont pas de barrière de protection contre le virus ; leur conscience est vive et douloureuse de constater que, dans cette lutte pour la vie, ils sont les invisibles comme si leur disparition n’avait pas le même prix que celle des autres. 

Les crises rendent encore plus insupportables les hostilités passives. Il est vrai qu’une hospitalité se construit. Autant de réponses nécessaires mais palliatives qui, le jour d’après, devront être examinées pour un traitement de la pauvreté à la hauteur du respect de la vie pour tous.

Durant ce temps de confinement, il est rappelé que pour garder la vie et protéger l’autre, il convient d’être attentifs aux distances. Le jour d’après, il faudra les réduire, sauf à se laisser emporter par un virus sectaire. Alors, l’ennemi visible sera plus terrible.

“Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve” (Hölderlin). C’est à cette croissance qu’il faut s’attacher d’où un certain effacement que rappelle ce même poète. 

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