Le bénévolat est en crise, mais quelle crise

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Une chronique du Père Bernard Devert, président-fondateur d'Habitat & Humanisme

Le bénévolat, en crise, ne serait-ce pas plutôt une crise du sens, accompagnée parfois d’une indifférence pour trop entendre un défaitisme destructeur.

Certes, des difficultés se font jour pour parvenir à une mobilisation plus importante de nouveaux bénévoles. Les causes sont nombreuses : la retraite à un âge plus tardif, l’augmentation du nombre de familles mono parentales - d’où l’intervention des grands parents se substituant parfois aux parents - enfin, la crainte que le bénévolat ne devienne une charge exigeant un tel investissement qu’il s’apparente à une nouvelle vie professionnelle. Le monde caritatif, s’il veut se pérenniser alors qu’il est confronté à des personnes en souffrance liées à la misère et aux addictions, doit parvenir à trouver des missions moins chronophages en les limitant dans la durée. Il s’agit de faire plus en demandant moins.

Le mécénat d’entreprise apporte d’heureux accompagnements.

La Société ne saurait se démobiliser par rapport au vivre-ensemble mais il lui faut s’attacher à un faire-ensemble que les bénévoles suscitent en jouant sur deux gammes le ‘pour’ et ‘l’avec’.

« Pour » traduit la volonté de faire changer ce qui peut l’être, d’où un discernement pour mieux définir les moyens à mettre en œuvre aux fins d’y parvenir.

« Avec » est le pouvoir d’agir reconnu à chacun, au nom même de sa dignité. La grandeur de l'homme est dans sa décision d'être plus fort que sa condition (Camus). La reconnaissance du talent dont chacun dispose ne peut faire l’économie d’actions très concrètes qui, seules, permettent un réveil et un étonnement, la personne saisissant qu’elle a plus de possibilités qu’elle ne le pensait. « Avec » est une invitation à introduire la culture, sans la réduire à une approche académique. L’expression corporelle, par exemple, relève de cette ouverture. Comment aller mieux si l’on ne parvient pas à habiter son corps.

Le beau doit être recherché dans la relation, l’échange, le partage, le sport, jusqu’à l’unisson des voix dans le chant choral. Les propositions sont immenses.

Faire-ensemble doit faire surgir la fierté de parvenir à un dépassement.

Quelques exemples concrets :

Ce samedi 8 février, à l’Opéra Bastille à Paris, s’est tenue la restitution publique du projet O U I, en partenariat avec l’Opéra de Paris, mise en scène par la chorégraphe Régine Chopinot, avec la participation des résidents du centre d’hébergement de réfugiés. C’est aussi Michel Hallet Eghayan et sa Compagnie de danse et de théâtre qui a permis à des enfants roms, sortis des bidonvilles, de trouver une voie d’insertion suscitant la surprise et la fierté de leurs parents.

Faire du neuf, n’est-ce pas précisément ce que nous avons à entreprendre dans le champ de l’insertion, soulignant également la pertinence des tiers lieux comme les escales solidaires qui font école.

Le réel est étroit, dit Lamartine, le possible est immense. Encore faut-il des bénévoles qui détruisent les dénigrements qui accablent et déchirent les étiquettes qui enferment. Le bénévolat, signe et source d’une liberté et d’une gratuité, doit y concourir.

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