L'acharnement de Chirac contre les racines chrétiennes

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Dans le courrier des lecteurs de La Croix (16/10), on peut lire ce témoignage passionnant d'Alain Pierret, qui fut ambassadeur près le Saint-Siège :

La tribune publiée dans La Croix du 27 septembre souligne l’attachement à l’Église de Jacques Chirac, « imprégné de catholicisme ».Au jour même de l’élection de Jean-Paul II n’avait-il pas en effet déclaré qu’il « était urgent que, nous arrachant à nos querelles politiciennes, une voix s’élève pour faire prendre conscience que l’Europe existe depuis deux millénaires, que son ciment a été le christianisme et que la civilisation qu’elle incarne demeure, dans ses finalités, profondément spirituelle ». J’ai connu le Bordelais Jean-Louis Tauran, futur cardinal, pendant mon séjour romain où il occupait les fonctions de Secrétaire pour les relations du Saint-Siège avec les États. Une fois par mois, je le recevais pour un déjeuner intime. Je l’ai plusieurs fois retrouvé par la suite, à Rome voire à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume où je me suis retiré. C’est à cette occasion qu’il m’a rapporté les échanges d’une tout autre nature qui vinrent ruiner cette si belle vision de notre histoire. Lorsque se réunit en 2002 la Convention qui prépare la Constitution européenne, Jean-Paul II s’inquiète : qu’en sera-t-il de cet « héritage chrétien » ? Le président de la République, qui ne s’était déjà pas rendu à Reims en 1996 pour l’accueillir, récuse le souhait pontifical. Le chancelier allemand Gerhard Schröder ne comprend pas sa position, le président du Conseil italien Romano Prodi tente de s’entremettre, en vain. Début novembre 2002 le Souverain Pontife, que peine l’attitude du chef de l’État, souhaite lui faire remettre un message personnel. Sans réponse, il décide de lui envoyer Mgr Tauran qui sera seulement reçu au Quai d’Orsay. L’entretien est orageux, au point que l’envoyé pontifical demande à Dominique de Villepin s’il est bon de poursuivre les relations diplomatiques. Un échange aura toutefois lieu lors de la dernière visite de Jean-Paul II en France. Avant de rejoindre Lourdes le 15 août 2004, il est accueilli à l’aéroport de Tarbes par le président de la République qui, courtoisement, invite un pape usé à abandonner la partie. La conclusion de ce triste épisode se jouera à Rome le 29 octobre 2004. En toute connaissance de cause, le président Chirac paraphera la Constitution européenne – sans mention de nos « racines (judéo-)chrétiennes » comme aurait dit Jean-Paul II – sous la statue du pape Innocent (!) X, élu contre le vœu de Mazarin.

Alain Pierret

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