Génération Laudato Si'

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Une nouvelle génération de penseurs catholiques est en train d'émerger, irréductible aux catégories de leurs aînés.

A Lyon, ils s'appellent les Altercathos. Née d'une initiative d'élèves de l’École normale supérieure de la ville et de jeunes professionnels, l'association porte un nom révélateur. Catholiques mais alternatifs. Ils transgressent les clivages convenus. Certains ont fait leurs armes lors des mobilisations contre la loi Taubira et se retrouvent dans le mouvement toujours actif des Veilleurs. Ils ont créé Le Simone (45 rue Vaubecour, Lyon 2e), un café culturel pas comme les autres, associé à un espace de coworking, qui porte le nom de la philosophe Simone Weil. Ils y organisent des soirées sur des thèmes tels que L'économie collaborative : une alternative crédible au capitalisme financiarisé ou La vocation anti-catholique de la France : histoire du gallicanisme. Ils se retrouvent dans l'encyclique Laudato si' ou la contre-politique eucharistique du théologien catholique américain William Cavanaugh, qu'ils ont reçu en novembre.

Leur organe d'expression le plus caractéristique est le trimestriel Limite, qui se présente comme une « revue d'écologie intégrale ». Son ton est résolument nouveau dans le monde de la presse catholique, et ses collaborateurs sont pour la plupart jeunes et encore inconnus. Ils défendent, avec George Orwell et Jean-Claude Michéa, un « anarchisme conservateur ». Dans l'éditorial de leur cinquième livraison, riche de collaborations toniques, ils expliquent : « nous nous méfions tout autant de l’étatisme ventripotent que du libéralisme élastique, de l’inertie du premier que de la flexibilité du second. L’un comme l’autre, à la lumière de l’Histoire, nous paraissent de gigantesques broyeurs d’existence. De même, nous avons déjà soupé de l’ivresse des ''table rase'' et de l’hypnose de l’immuable. Nous avons goûté l’amère potion du progrès. (…) nous ne voulons pas ''casser la baraque'', mais l’habiter ; ''arracher l’individu à tous ses déterminismes'', mais le réconcilier avec sa nature. C’est pourquoi cette ''conversion écologique'' exige une redéfinition de la vie bonne : qu’est-ce qu’une existence décente ? » Il s'agit en quelque sorte d'un effort pour actualiser et repenser la doctrine sociale de l’Église et la présence des chrétiens dans le monde de la postmodernité. « Contre les transhumanistes, nous serons bioconservateurs. Contre les puissances d’argent, anarchistes. Contre toutes les idoles, blasphémateurs. Refusant l’''alternance sans alternative'' du clivage droite/gauche, Limite tendra la main à tous ceux qui combattent le double empire de la technique sans âme et du marché sans loi. » 

Denis Sureau

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