Vous avez dit identité?

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Comment articuler foi catholique et défense de l'identité nationale ? La controverse chauffe.

La même semaine, deux hebdomadaires ont fait leur « une » autour de la parution de deux essais écrits par des catholiques qui, bien que classés à «droite », proposent des réponses différentes à la question posée par l'attitude que doivent avoir les chrétiens face à la déferlante migratoire, au développement de l'islam, et à la crise de l'identité nationale. La Vie titrait : La tentation identitaire, s'appuyant notamment sur l'essai d'Erwan Le Morhedec, avocat et blogueur sous le pseudonyme de Koz, Identitaire (Cerf) qui pourfend un identitarisme de repli et une porosité entre les catholiques et des groupes d'extrême-droite. Il conteste non seulement que la France d'aujourd'hui soit chrétienne mais aussi « qu'un pays en lui-même puisse être chrétien ». Dans son dossier, La Vie épingle un certain nombre de catholiques qui « brandissent leur foi comme un étendard et travaillent à recomposer la droite de la droite » : Patrick Buisson, Robert Ménard, Guillaume de Thieulloy (Le Salon Beige, Les 4 Vérités...), Jacques Bompard, mais aussi Charles Beigbeder, Charles Millon et Marion Maréchal-Le Pen... Le Morhedec commente : « Ils sont catholiques car ils considèrent que la foi fait partie de leur culture. Parfois, ils se veulent catholiques parce qu'ils sont français, voire pire, parcequ'ils sont blancs... »

Erwan Le Morhedec entend dénoncer une « tentation identitaire » qui n'est pas l'attachement légitime et serein à nos racines et la fidélité à notre histoire mais « relève d'une mystification spirituelle, d'une exploitation morbide de notre angoisse ». L'auteur ne prône pas la dilution de notre héritage mais son exploitation politique : « l'identitarisme n'est pas le goût ni la conscience de l'identité, c'est le rejet de l'altérité ». Sur fond d'afflux migratoire et de déliquescence spirituelle, il dénonce vigoureusement le rapprochement de certains chrétiens avec des groupes d'extrême-droite (Bloc Identitaire, Génération Identitaire) et plus largement avec tous ceux qui opèrent une récupération politique de la foi. Ce christianisme raidi, tendu et agressif, devenu identitaire « dévitalise et stérilise le christianisme pour une faire une référence comme les autres ». Il observe un processus de mimétisme avec l'islam, conduisant à la défense d'un « catholicisme viril » qu'il juge peu évangélique. A cette « calcification » de la foi, il oppose une « résistance spirituelle et morale » passant par « le service, la rencontre, le dialogue, la consolation »

Le même jour que celui de la sortie du numéro de La Vie, Valeurs actuelles affichait en couverture Le Pape qui dérange. Ce numéro comportait un dossier critique intitulé François, le pape qui fait scandale, signé Laurent Dandrieu, accompagné des bonnes feuilles du livre publié par ce dernier : Église et immigration : le grand malaise. Sous-titre : Le pape et le suicide de la civilisation européenne (Presses de la Renaissance ; nous le présenterons ultérieurement). Il affirme : « Le discours migratoire de l’Église ne nous paraît pas pleinement catholique dans la mesure où il fait trop souvent bon marché des nations, dont certes elle reconnaît théoriquement le droit à réguler les flux migratoires, mais avec tant de restrictions que ce droit devient impraticable face à un droit de migrer qui est, lui, décrit comme une impérieuse nécessité ». La théologie des nations aurait disparu de l'enseignement du pape François. Et d'ajouter : « la parole du Christ : ''J'étais un étranger et vous m'avez accueilli'' ne saurait sans évidente mauvaise foi être érigée en principe fondateur de toute politique migratoire, en unique critère de sa conformité aux exigences chrétiennes. » L'Église n'offrirait plus à la veille Europe que « la coupe amère du suicide collectif ». Souhaitons que cette confrontation, au-delà de l'échange d'étiquettes inutiles (rares sont les catholiques à se définir comme identitaires), permette de clarifier une question vitale pour l'Eglise et la France.

Denis Sureau

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Christian Apollonia 08/01/2017 01:47

évidemment il serait périlleux de faire la critique négative du livre de "koz toujours"
avant même sa publication...
mais quand on voit ce goût...
pour ce qui est de "la vie" j'ai identifié une forme de racisme anti blanc (le fameux
anti japhtisme) dans un de ses éditoriaux consultable ici.
http://www.mon-pelerinage-en-pologne.fr/2016/11/le-raciste-anti-polak-du-mois-jean-pierre-denis-de-la-vie-meme-extra-uterine-sauf-pour-les-sous-hommes.html

alors ça ne m'étonne pas qu'ils soutiennent également tous ceux qui pourfendent le noble lien Eglise France.