François Fillon est-il excommunié ?

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François Fillon qui se dit catholique bien qu'« à la pratique irrégulière » croit au « caractère sacré de la vie » (Faire, Albin Michel, 2015, p. 269) tout en défendant la légalisation de l'avortement : « J’ai voté tous les textes qui voulaient améliorer l’accès pour les femmes à l’IVG, y compris le dernier qui était proposé par la gauche. » (Europe1, 23/11) Ce qui n'est pas exact. Il a voté contre le remboursement par l'Assurance maladie (1982), la création du délit d’entrave (1993), l'allongement du délai à douze semaines de grossesse (2001), la suppression du délai de réflexion (2016), mais s'est abstenu sur la suppression de la notion de détresse (2014) et a voté pour la résolution réaffirmant le droit fondamental à l’IVG en France et en Europe (26 novembre 2014) alors que la majorité des députés n’a pas pris part au vote (151 votants sur 577 députés). Et il ne s’est par ailleurs pas opposé au projet de loi « pour l’égalité entre les hommes et les femmes » (28 janvier 2014), qui a renforcé le droit à l’avortement, en créant notamment un délit d’entrave tant « matérielle » que «psychologique».

Certains catholiques se posent la question : l’Église juge-t-elle qu'un catholique affiché, responsable politique, affirmant que l'avortement est un « droit fondamental » est excommunié et, par conséquent, n'a plus accès aux sacrements. Qu'en est-il exactement ?

Depuis le premier siècle, l’Église a considéré que l'avortement est considéré comme « un crime abominable » (Vatican II, Gaudium et spes, n°51) assimilable à l'homicide. Dès lors, un catholique conséquent ne peut défendre l'avortement comme un droit fondamental. Il ne peut séparer ses convictions personnelles de son engagement dans la cité : « Ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont ''une obligation précise de s’opposer'' à toute loi qui s’avère un attentat contre la vie humaine » (Congrégation pour la doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, 16 janvier 2003)." La responsabilité incombe aussi aux législateurs, qui ont promu et approuvé des lois en faveur de l'avortement » (s. Jean Paul II, Evangelium Vitae, n. 59).

Que dit le Code de droit canonique ? Le canon 1398 précise : « Qui procure un avortement, si l'effet s'ensuit, encourt l'excommunication latæ sententiæ. » Latae sententiae signifie que l'excommunication est automatique. Elle concerne la femme et le médecin ainsi que les complices qui ont rendu l'avortement possible, par exemple une sage-femme, et le père s'il approuve l'acte.

La question est maintenant de savoir si cette sanction frappe aussi ceux qui, de manière plus éloignée, ont rendu ce crime possible. L'excommunication doit elle s'étendre aux parlementaires et à l'exécutif qui procurent l'avortement en le rendant légal ? Peut-on parler de complicité formelle ? (C'est l'opinion de certains théologiens, tel Mgr Michel Schooyans, dans le Lexique édité par le Conseil pontifical pour la famille, Téqui, 2005, p.840).

Jetons un regard sur la pratique récente de l’Église.

En mai 2007, pape Benoît XVI a approuvé la menace d'excommunication brandie par l'Eglise mexicaine contre les politiciens ayant voté la légalisation de l'avortement à Mexico. Ce qui suppose que ces politiciens n'étaient pas excommuniés latae sententiae : excommuniables mais non excommuniés.

En 2004, le cardinal Joseph Ratzinger a écrit en 2004, dans une lettre aux évêques des Etats-Unis d’Amérique : « Concernant les péchés graves d’avortement ou d’euthanasie, lorsque la coopération formelle d’une personne devient manifeste (comprendre: lorsqu’un homme politique catholique fait systématiquement campagne pour l’avortement et l’euthanasie et vote des lois permissives sur ces sujets), son pasteur devrait le rencontrer, lui expliquer l’enseignement de l’Eglise, l’informer qu’il ne doit pas se présenter à la sainte communion tant qu’il n’aura pas mis fin à sa situation objective de péché, sans quoi l’eucharistie lui sera refusée. » L'intervention de l'évêque est donc nécessaire. Quelques évêques américains comme le cardinal Burke ont suivi ces recommandations, mais la plupart n'ont rien décidé, et le pape leur a confirmé qu'ils étaient libres d'agir en fonction des circonstances.

En avril 2008, lors du voyage de Benoît XVI aux Etats-Unis, des responsables politiques pro-avortement ont d'ailleurs communié lors des messes pontificales : à Washington, Nancy Pelosi, présidente de la chambre, et les sénateurs John Kerry, Edward Kennedy et Christopher Dodd ont reçu la communion des mains du nonce apostolique aux Etats-Unis, l’archevêque Pietro Sambi.

Il ressort de tout cela que François Fillon n'est pas excommunié mais que son soutien actif à une législation mortifère le place dans une situation pour le moins problématique.

Denis Sureau 

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Nicolas 06/12/2016 10:43

Pas d'excommunication, donc. Mais un état de péché grave, reconnu publiquement, et sans expression publique de la volonté d'y renoncer.

Par conséquent, cet homme ne peut accéder à la communion, et comme les raisons en sont publiques, aucun prêtre n'a le droit de lui donner la communion (il n'y a pas de principe de "prudence" concernant ce qui est publiquement connu de tous).

Il va de soi que si cet homme se confesse, renonce à son soutien public à l'avortement, et au contraire s'y oppose, propose de le supprimer et fait tout ce qui est en son pouvoir pour effectivement le supprimer, alors il pourra de nouveau accéder aux sacrement de l'Église.