Réflexions après les élections

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1. Première observation : le phénomène FN. Malgré un système électoral qui, par l'étrange prime accordée aux premiers, le prive de la présidence de régions, le Front national est paradoxalement le grand gagnant des dernières élections. Désormais premier parti de France, il est aujourd'hui le seul à recueillir autant d'électeurs sur son seul nom. Au second tour, il a même réalisé une nouvelle performance avec 6,47 millions de voix. Il dispose désormais de 358 conseillers régionaux, 62 conseillers départementaux, 14 maires, 4 députés et sénateurs, et 24 députés européens. Et donc de relais à travers toute la France, ainsi que de ressources financières renforcées. Lors des présidentielles de 2017, tout laisse envisager la présence de Marine Le Pen au second tour... mais aussi son échec, que ce soit face à un candidat Les Républicains, voire même face à François Hollande. Le système institutionnel accorderait ainsi un second mandat à un président qui bat pourtant des records d'impopularité.
2. Deuxième leçon : l'irrésistible progression du FN invite à s'interroger sérieusement sur les raisons de cette ascension, au-delà des invectives et des stigmatisations faciles. Guillaume Goubert écrit dans La Croix (13/12) : « si l’on ne se pose pas de sérieuses questions pour l’avenir, ce n’est que partie remise. Si des réponses ne sont pas apportées aux inquiétudes des Français, le Front national continuera sa progression jusqu’à la prochaine échéance, celle de l’élection présidentielle. Ses dirigeants peuvent se montrer confiants. La stratégie du ''seul contre tous '' leur a offert, de scrutin en scrutin, une constante progression. » Or selon des enquêtes récentes, le premier motif de vote avancé par les électeurs frontistes n'est pas l'immigration, mais la volonté de changement. Face à l'aggravation des problèmes politiques, économiques et sociaux et à l'incapacité des gouvernements successifs à les résoudre, un nombre croissant de Français ont perdu confiance dans les classes dominantes. La contestation de l'établissement peut prendre diverses formes : vote frontiste, abstention massive, manifestations (telles les « manifs pour tous » contre la loi Taubira)... Ou des réactions violentes sans lendemain.
3. Troisième élément : les catholiques rejoignent rapidement le camp protestataire. Leur droitisation, observée scrutin après scrutin, se poursuit. Selon un sondage Ifop publié par Pèlerin, les catholiques pratiquants réguliers glissent de plus en plus vers un vote frontiste. Au premier tour des régionales, ils auraient été 24% à voter pour le parti de Marine Le Pen. Si c'est encore un peu moins que la moyenne des Français (28,4 %), c'est beaucoup plus qu'aux départementales de mars dernier (9%). La hausse est très rapide. Et ils auraient été 9 % à voter pour « Debout la France » (Nicolas Dupont-Aignan), soit deux fois et demi la moyenne nationale. Des choix opérés au détriment du bloc LR-UDI-Modem (46%). Et du Parti socialiste, qui ne recueille plus que 8% : que sont les chrétiens de gauche devenus ?

4. Selon l'Ifop ; les pratiquants réguliers auraient voté à 90% : voter demeure pour eux une obligation morale à suivre. Et s'ils ont décidé de se rendre dans l'isoloir, c'est à 46 % pour « sanctionner la politique du président de la République et du gouvernement » et à 45 % pour des enjeux locaux. Les thèmes dominants mis en avant par les catholiques pratiquants réguliers sont cependant les mêmes que ceux des « sans religion » : principalement l'emploi, le pouvoir d'achat et le coût de la vie, et la sécurité des biens et des personnes. Mais ils attachent davantage d'importance qu'eux à la lutte contre le terrorisme ainsi qu'à la question des migrants / réfugiés, deux thèmes chers au Front national.

Denis Sureau

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