Régions, emplois, logement

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Voici une tribune du Père Bernard Devert - président fondateur de Habitat et Humanisme - dans l'actualité du redécoupage des régions.

L’acte d’entreprendre pour des territoires équilibrés : une chance ou un leurre .

Le toit est un droit qui ne se construit pas seulement avec des textes - même s’ils sont parfois nécessaires - mais plutôt dans un contexte de confiance et de sécurité pour ne point éloigner les investisseurs. Le Gouvernement vient d’en faire l’amère expérience.
A trop légiférer, on ‘ligote’ la création.
Il est surprenant et consternant d’observer que la démocratie participative est malmenée, paralysée par les décisions qui viennent d’en haut, pour oublier l’urgence de la négociation avec les acteurs de terrain. La politique du logement en est une illustration.
Notre Société connaît deux maux qui l’abîment, l’absence de travail pour un grand nombre et celle d’un toit entraînant une difficulté nouvelle et dramatique : trop de foyers ‘en fin de droits’ quant aux indemnisations de chômage, ne parviennent plus à se maintenir dans leur logement.
La cohésion sociale est en danger. Le risque est annoncé depuis longtemps mais il est désormais avéré avec un coût de l’habitat en rupture avec les ressources de trop de nos concitoyens.
Trop de politiques restent sourds à l’aménagement du territoire pour consentir à une concentration des emplois sur quelques régions au préjudice des villes moyennes qui se dépeuplent et finalement meurent.
Nous avons perdu bien des emplois industriels. Sans doute, faut-il les reconquérir, mais l’activité tertiaire offre une flexibilité suscitant une nouvelle donne quant à l’aménagement des territoires, bien des emplois n’ayant pas besoin d’être concentrés sur les mêmes espaces.
Chaque jour, des millions de communications s’établissent avec des correspondants situés à l’autre bout du monde. Difficile d’imaginer que nous ne parvenions pas à organiser le travail, via le langage de l’informatique à partir de sites de production répartis sur l’ensemble du territoire. Nous gagnerions alors sur deux plans :
-des conditions de travail plus humanisées, évitant des heures perdues dans des transports dont les infrastructures nécessitent des investissements considérables, sans oublier la fatigue causée par cette situation. Une négociation pourrait alors s’ouvrir pour qu’une fraction de ce temps gagné serve la cause d’exclus.
-un étalement plus maîtrisé des grandes agglomérations évitant l’éloignement des plus vulnérables jusqu’à les conduire à devenir des invisibles.
La concentration des activités donne l’illusion de la richesse, à commencer par celle des emplois, mais qui n’observe pas dans les métropoles l’augmentation du nombre de personnes fragilisées confrontées à un logement inabordable ou à un prix qui les appauvrit encore. Dans le même temps, des panneaux ‘à louer’ ou ‘à vendre’ se multiplient dans des villes ayant perdu nombre de leurs activités.

Une telle situation est bonne pour qui ?

Les 30 années qui viennent de s’écouler furent marqués par la financiarisation de l’économie au prix d’un abandon du réel pour le magistral leurre du virtuel facilitant la cupidité qui n‘est point étrangère à la crise traversée.
Heureusement, nous assistons à une prise de conscience qui au sein de l’acte d’entreprendre révèle une attention à une plus grande humanité pour mieux prendre en compte la vulnérabilité.
Qui aurait pu imaginer, il y a seulement 5 ans, que le 1er acteur de la finance solidaire serait l’entreprise. Qui aurait pu penser que tant de diplômés de Grandes Ecoles se laisseraient interroger par la question du sens jusqu’à l’inscrire au sein du management.

Le primat de l’efficacité a justifié trop longtemps les moyens jusqu’à considérer que les vices privés servaient les vertus publiques. Que d’errements contribuant à la dé-création d’activités et à l’appauvrissement des villes moyennes, oubliant que sans l’équilibre qui est le respect du plus faible il n’y a pas de fécondité.

Nombre de nos concitoyens se sont réconciliés avec l’entreprise. Ne vient-elle pas cette heure où l’aménagement du territoire pourrait être initié par les acteurs économiques et sociaux. Un Grenelle les réunissant donnerait un souffle à notre démocratie pour conjuguer créativité et humanité.

Bernard Devert
29 juin 2014

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